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Rapport : les transports durables doivent être au cœur de la transition énergétique et économique de l’Afrique

11 Nov 2022
Communiqué de presse

Selon un nouveau rapport de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), les transports durables doivent être au cœur du plan de développement économique de tous les pays africains.

Celui-ci indique que l’Europe, les États-Unis et l’Asie de l’Est – régions historiquement responsables des émissions à l’origine de la crise climatique – doivent tenir leurs engagements de financement de la transition de l’Afrique vers la décarbonation.

Alors que les pays africains sont parmi les plus touchés par le changement climatique, le continent représente à peine 3 % des émissions historiques d’origine énergétique, et ses émissions par habitant sont les plus faibles toutes régions confondues.

En avril de cette année, l’Afrique du Sud a connu des précipitations record qui ont provoqué des inondations et des glissements de terrain dévastant certaines régions de sa côte orientale. Ces catastrophes ont fait plus de 400 victimes et détruit plus de 12 000 foyers, avec pour conséquence le déplacement d’environ 40 000 personnes. Le port de Durban, qui représente près de 60 % des exportations nationales et constitue une porte vers l’Afrique subsaharienne, a été fortement endommagé, de même que des voies routières et ferroviaires essentielles. Et il ne s’agit là que d’un exemple parmi tant d’autres des ravages causés par le changement climatique en Afrique.

« La crise climatique est là », a déclaré Stephen Cotton, Secrétaire général de l’ITF. « Les populations africaines subissent déjà une forte hausse des températures, ainsi que des inondations, tempêtes de sable et sécheresses dévastatrices. Les travailleuses et travailleurs des transports sont parmi les plus exposés à ces phénomènes extrêmes. Par ailleurs, les émissions imputables aux transports continuent d’augmenter partout dans le monde, ce qui exacerbera inévitablement plus encore les impacts climatiques en Afrique. »

« Les transports sont au cœur du quotidien des populations, et leur développement est étroitement lié à l’amélioration du bien-être économique. Mais, en plus de veiller à ce que les nouveaux systèmes de transport n’alourdissent pas le bilan carbone, nous devons nous préparer à un monde dans lequel les phénomènes météorologiques extrêmes seront de plus en plus fréquents. Nous devons renforcer la résilience dès maintenant. »

Les pays développés doivent tenir leurs engagements financiers

En 2009, les pays développés s’étaient engagés à consacrer chaque année 100 milliards d’USD à l’aide aux pays en développement en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Promesse qui, à ce jour, reste lettre morte. Les gouvernements doivent combler leurs arriérés, estimés à 75 milliards d’USD d’ici 2025, selon le rapport.

« Le financement est indispensable au développement zéro carbone de l’Afrique. Si les gouvernements riches n’honorent pas sans tarder leurs engagements en la matière, à la fois pour développer des transports durables dans les pays du Sud et pour renforcer la résilience des infrastructures essentielles, tous les efforts de lutte contre le changement climatique auront été vains », a expliqué John Mark Mwanika, Président de la Section des transports urbains de l’ITF et Responsable des programmes de l’Amalgamated Transport and General Workers’ Union (ATGWU-Ouganda).

« Les destructions imputables au changement climatique se ressentiront dans le monde entier. En ne respectant pas leurs engagements en matière d’aide financière aux pays en développement, les pays riches laissent tomber non seulement les populations du Sud, mais aussi leurs électeurs », a indiqué Mwanika.

Croissance urbaine

L’Afrique devrait connaître la croissance urbaine la plus rapide au monde. Il est estimé que ses villes compteront 950 millions d’habitants supplémentaires d’ici 2050. À l’heure actuelle, les transports informels y sont prépondérants, et produisent de fortes émissions, du bruit et de la pollution atmosphérique, sans parler du grand nombre d’accidents. Ils sont cependant vitaux pour les habitants dans les villes dépourvues de véritables transports en commun.

« L’accès à des transports publics propres, sûrs, fréquents, abordables et accessibles est essentiel pour maintenir les émissions à un niveau bas malgré l’urbanisation du continent », a expliqué Mwanika. « Nous devons passer à des systèmes de transports formels dans les villes. Les travailleuses et travailleurs des transports doivent faire partie de cette formalisation, dans laquelle la régulation des lignes et services participe d’une transition encadrée vers des réseaux de transports formels. »

Selon le rapport, celle-ci introduira des véhicules plus propres, réduira les émissions et améliorera la sécurité routière, tout en augmentant les salaires et les conditions de travail des travailleurs, favorisant le développement durable et la création d’emplois décents. Le rapport décrit le cheminement vers une transition juste, veillant à ce que la transition vers des transports à faibles émissions soit l’occasion de créer un monde meilleur pour les travailleuses et travailleurs des transports et les voyageurs.

Aux Philippines, par exemple, l’action syndicale a vu la formation de coopératives de chauffeurs gérant et finançant le remplacement des minibus par des véhicules électriques. En Afrique, les syndicats de l’ITF appellent les gouvernements à négocier et à intégrer les transports publics informels dans les nouveaux systèmes de bus à haut niveau de service (BRT).

De leur côté, les pays africains doivent réviser leurs plans d’action climatique en consultation avec les travailleuses et travailleurs pour s’assurer de définir tous les besoins du secteur des transports, avec les financements nécessaires.

« Mais il est essentiel que le financement climatique exclue toute forme de financement reportant les coûts vers les pays africains, ce qui contribuerait à leur surendettement et détournerait des ressources qui devraient soutenir le développement économique et social », a déclaré Mwanika.

Les revendications de l’ITF

  • Les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent se montrer plus ambitieux si nous voulons réussir à limiter le réchauffement de la planète à 1,5° C.
  • Il convient d’agir sans plus tarder pour mettre en place des systèmes de transport résilients au changement climatique et des conditions de travail adaptées aux réalités climatiques actuelles et futures de l’Afrique.
  • Des plans industriels solides sont nécessaires pour chaque secteur des transports. Les connaissances, la participation et le soutien des travailleuses et travailleurs sont essentiels à la réussite de ces plans. Nous avons besoin d’une transition juste pour les travailleuses et travailleurs, avec de bons emplois, de bonnes conditions de travail et une protection sociale.
  • Les pays ayant le plus contribué à la crise climatique doivent tenir leurs engagements de financement de la lutte contre le changement climatique pour l’Afrique : 100 milliards d’USD par an, avec un versement des arriérés, et de nouveaux objectifs de financement en fonction des besoins. Ils doivent également convenir de nouvelles dispositions distinctes pour les pertes et dommages.