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Comme des canaris dans la mine – Décès de dockers et de marins dans des espaces confinés : un bilan à la hausse

30 Apr 2019
Deux conditions minimales s’imposent en matière de qualité de l’air sur le lieu de travail : être sain à respirer et non-explosif, pour ne pas être fatal aux travailleurs.

Depuis le mois de janvier 2018, 16 dockers et 12 marins sont morts pour cause d’asphyxie ou d’explosion dans des espaces confinés, ou à la suite d’une chute après s’être évanouis en raison de la mauvaise qualité de l’air. Nous assistons ici à une hausse choquante des décès en milieu confiné, un risque professionnel connu depuis longtemps dans l’industrie du transport maritime.

Pour mettre en perspective les drames récents, 145 décès de ce type ont été enregistrés au cours des 20 dernières années, face à un constat alarmant de 28 décès au cours des 16 derniers mois.

Cette augmentation massive en dit long sur l’indifférence des acteurs à la tête de l’industrie du transport maritime aujourd’hui. Des entreprises qui choisissent d’économiser un dollar plutôt que de former et d’équiper leurs salariés pour leur permettre de travailler en toute sécurité dans des espaces confinés, ou plutôt que d’investir dans une culture de la sécurité permettant aux travailleurs de prendre tout le temps nécessaire pour aérer la cale du bateau, assurer une qualité suffisante de l’air ou s’interroger sur un risque éventuel auquel ils sont confrontés.

Nous savons que les gens de mer ont globalement conscience des risques associés à la pénétration dans des espaces confinés, mais ils ne connaissent pas nécessairement les détails et l’étendue des divers dangers induits par les produits forestiers, le charbon, le minerai de fer, les céréales, les gaz et d’autres marchandises.

Le travailleur évoluant dans ce type de lieu ne peut se contenter d’ouvrir les écoutilles pendant 30 minutes en espérant que tout se passera pour le mieux, ou tenter d’assurer au mieux sa protection par ses propres moyens. Même en prenant toutes les précautions possibles, le risque de se trouver pris au piège en raison de poches de gaz ou d’un manque d’oxygène existe bel et bien, et la protection face à ce risque n’est pas suffisante. Et il est tout aussi insuffisant de laisser les travailleurs abandonnés à leur sort face à une industrie inhumaine, en attendant d’eux qu’ils agissent comme l’homme a toujours agi à l’égard de son prochain, c’est-à-dire en risquant leur propre vie pour sauver celle de leurs collègues pris au piège.

Décès dans des espaces confinés, 1999-2018. Source : Vistrato Limited 2018.

Au mois de novembre dernier, deux dockers ont perdu la vie en déchargeant des grumes depuis la cale d’un vraquier à Montevideo, probablement exposés à des fumigants dont on ne les avait pas avertis. Un membre d’équipage témoin de leur détresse a enfilé un masque avant de pénétrer dans la cale avec la ferme intention de les sauver. Son masque se serait malheureusement détaché, occasionnant une perte de connaissance qui a nécessité son hospitalisation dans un coma artificiel. Un troisième docker a nécessité une assistance médicale avant la fin de ce tragique incident.

Les armateurs ont le devoir de prendre soin de leur équipage et des dockers employés pour mener à bien leurs activités de chargement et déchargement. La formation et les procédures nécessaires à cette fin ne sont pas facultatives. La négligence des armateurs qui ne respectent pas les procédures standard au péril de la vie de leurs employés doit être sanctionnée de manière proportionnelle aux pertes humaines.

Le Recueil de règles pratiques pour la sécurité du transport des cargaisons solides en vrac (Recueil BC) de l’Organisation Maritime Internationale règlemente le transport de marchandises en vrac à travers le monde. Le Recueil BC :

  • Identifie et regroupe les cargaisons en fonction des risques induits
  • Fournit des lignes directrices pour une manipulation des marchandises en toute sécurité
  • Définit des procédures de test

La Section des gens de mer et la Section des dockers de l’ITF s’apprêtent à collaborer avec l’Organisation maritime internationale (OMI) et les armateurs afin de garantir que la réglementation régissant les espaces clos soit dûment prise en compte et suffisamment forte pour protéger l’ensemble des travailleurs de l’industrie maritime.

La Section des dockers de l’ITF déplore le fait que des exploitants obligent régulièrement les travailleurs à choisir entre risquer leur vie ou risquer leur emploi. Nous continuons de lutter contre eux et d’exiger des comptes.

Nous nous associons à nos collègues australiens et canadiens et nous faisons l’écho de leur appel en faveur de lois sur l’homicide industriel, face à des employeurs qui portent délibérément atteinte à la sécurité et risquent la vie des travailleurs.

La prison pour quiconque est responsable de la mort d’un travailleur !

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