Passer au contenu principal

Alors que la crise de relève des équipages s’intensifie, la nécessité d’agir se fait plus pressante pour les gouvernements

23 Jul 2020

Déclaration de l’ITF sur la crise de relève des équipages – 16 juillet 2020

Il y a un mois, en déclarant « trop, c’est trop ! » aux gouvernements du monde entier, l’ITF et ses affiliés annonçaient qu’ils allaient à présent prêter secours aux gens de mer aux quatre coins du globe afin de faire valoir leur droit de cesser de travailler, de quitter les navires et d’être rapatriés chez eux auprès des leurs, si tôt leur contrat arrivé à échéance

Il y a deux mois, l’ITF et ses partenaires au sein du Groupe de négociation mixte (JNG, d’après son acronyme anglais, regroupant l’IMEC, l’IMMAJ, KSA et Evergreen) accordaient aux gouvernements un ultime « délai de mise en œuvre » afin de mettre en place des mesures pratiques conformément au Cadre de protocoles en 12 volets publié le 5 mai 2020 par l’Organisation maritime internationale (OMI).

Depuis ces dates importantes, certaines évolutions positives ont pu être constatées mais les progrès des gouvernements restent trop timides pour permettre l’application des exemptions pratiques et des protocoles requis en vue d’assurer la bonne exécution des changements d’équipage, partout dans le monde. 

Des centaines de milliers de gens de mer sont toujours dans l’impossibilité d’arrêter de travailler et de rentrer chez eux, relevés par un nouvel équipage. Bien que la pénurie de vols internationaux soit ici un facteur majeur, la principale raison reste les restrictions de voyage et la fermeture des frontières appliquées par les gouvernements pour enrayer la propagation du Covid-19. La Chambre internationale de la marine marchande (ICS) estime qu’au moins 400 000 marins sont à présent touchés par la crise de relève des équipages causée par les restrictions de voyage et la fermeture des frontières liées au Covid-19. Ce nombre inclut tant les personnes piégées à bord des navires, obligées de continuer d’y travailler, que les marins qui attendent de rejoindre ces navires afin de pouvoir recommencer à gagner de l’argent et subvenir à leurs propres besoins ainsi qu’à ceux de leur famille.

Sur la base d’une extrapolation des dernières données émanant des navires couverts par des accords IBF, quelque 300 000 marins seraient aujourd’hui piégés à bord des navires où ils travaillent, victimes de la crise de relève des équipages, et un même nombre serait actuellement sans emploi, à terre, dans l’attente de pouvoir rejoindre ces navires. 600 000 marins sont ainsi touchés par cette crise.

Les gouvernements doivent se réveiller et ouvrir les yeux sur cette situation absolument insoutenable et inacceptable : si les relèves d’équipage ne sont pas rétablies, le nombre de gens de mer fatigués et à bout de force, piégés à bord de ces navires et contraints à continuer de travailler, ne cessera de croître. Les gens de mer et leurs syndicats sont profondément préoccupés par les risques de pertes de vies humaines et de dommages aux biens et à l’environnement, dès lors que la probabilité d’une (ou de plusieurs) catastrophe(s) majeure(s) augmente jour après jour. Des gens mourront et les côtes seront polluées.

Une réglementation mondiale existe, et ce pour de bonnes raisons : la Convention du travail maritime réglemente la durée maximale pendant laquelle un marin peut être amené à travailler. Il existe également la Convention SOLAS, le Code international de gestion de la sécurité (ISM) et les normes de formation des gens de mer, de délivrance des brevets et de veille (STCW). Toutes les conventions pertinentes sont en place, qu’elles aient été instaurées à la suite d’une catastrophe, ou pour faire face à une catastrophe potentielle. Des mesures urgentes sont nécessaires DÈS À PRÉSENT pour éviter un désastre.

Tout au long de cette crise émergente, l’ITF et ses partenaires sociaux ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour tirer la sonnette d’alarme et susciter des changements d’ordre pratique qui permettraient de faire relever les équipages. Nous avons travaillé ensemble pour trouver des solutions pratiques et les proposer aux gouvernements. 

Grâce à nos efforts, l’ONU a adopté, par l’intermédiaire de son agence spécialisée sur les questions maritimes, l’OMI, le cadre de protocoles que nous avions proposé en vue des relèves d’équipage, dont font partie les exemptions de visa au profit des gens de mer. À l’époque, l’adoption de ces protocoles représentait une avancée majeure auprès des gouvernements, dans la mesure où ils reconnaissaient la contribution décisive des marins au commerce mondial et à la chaîne d’approvisionnement mondiale. Cette reconnaissance internationale a été renforcée lorsque l’Organisation internationale du Travail (OIT) des Nations Unies s’est impliquée dans cette initiative, rappelant aux gouvernements leurs obligations au regard des conventions maritimes C108 et C185 et de la Convention du travail maritime.

L’ITF et ses partenaires sociaux ont accordé aux gouvernements un « délai de mise en œuvre » de 30 jours pour introduire les changements nécessaires en tant qu’États du port, États du pavillon et pays d’origine des gens de mer, afin de favoriser la relève concrète des équipages. À l’expiration de ce délai, en juin, nous avons déclaré : « trop, c’est trop ! ». 

Nous avons clairement fait comprendre qu’il y a des limites à ne pas dépasser, et que l’ITF et ses affiliés étaient disposés à soutenir les gens de mer afin de leur permettre d’exercer leur droit d’arrêter de travailler, de quitter les navires et de regagner leur foyer, si tôt que leur contrat aurait expiré et qu’ils pourraient le faire en toute sécurité. Au cours du dernier mois, nous avons dispensé des conseils et aidé des milliers de gens de mer à comprendre comment ils pouvaient faire valoir ce droit fondamental.

Nous sommes convaincus qu’en ayant ainsi clairement fait savoir que les gens de mer n’accepteraient pas de travailler indéfiniment, sans être relevés, nous avons considérablement accru la pression mondiale qui pèse sur les gouvernements afin de résoudre cette crise. Les actions engagées par l’ITF ont suscité des progrès dans certains domaines.

Nous saluons les initiatives des gouvernements du Canada et de Hong Kong qui ont introduit des options permettant aux gens de mer de débarquer et d’être relevés par un nouvel équipage, avec un risque minimal pour le public dans les différents endroits concernés. Le Royaume-Uni a lui aussi joué son rôle, même si relativement peu de marins sont en service le long de ses côtes. Nous espérons que les « voies vertes » annoncées par les Philippines en juillet seront un moyen efficace pour permettre la relève de cette main-d’œuvre maritime majeure et le retour des gens de mer dans leur foyer. 

Certains gouvernements ont toutefois fait marche arrière. Certaines nations ont suspendu les permissions à terre des gens de mer ou limité le nombre de personnes autorisées à pénétrer chaque jour sur leur territoire. Aucune de ces décisions ne contribuera au rétablissement d’une industrie maritime mondiale sûre et durable, où les relèves d’équipage sont assurées, et aucune n’apportera l’aide humanitaire dont les gens de mer ont désespérément besoin.

En juillet, nous nous sommes félicités des engagements pris par 13 gouvernements lors du Sommet maritime international virtuel sur les relèves d’équipage organisé à l’invitation du Royaume-Uni. Ceux-ci se sont engagés à introduire des exemptions de visa et de quarantaine ainsi que des dérogations aux frontières pour les gens de mer. L’ITF et ses affiliés seront particulièrement vigilants afin de s’assurer que ces gouvernements joignent les actes à la parole et veillent à affréter un plus grand nombre d’avions qui permettront le transport des gens de mer vers et depuis les navires. L’ITF et ses affiliés s’apprêtent en outre à demander aux gouvernements des pays tributaires du commerce maritime qu’ils fassent valoir leur poids et se joignent au mouvement en prenant eux aussi des engagements qui permettront de faire évoluer la situation. Il s’agirait notamment de l’Australie, la Chine, l’Inde, la Russie et l’Ukraine.

À l’avenir, l’ITF envisage de :

  • poursuivre notre campagne « trop, c’est trop ! » et continuer de soutenir les gens de mer pour leur permettre d’exercer leur droit d’arrêter de travailler et de quitter le navire une fois leur contrat arrivé à échéance ;
  • travailler aux côtés de nos syndicats de gens de mer affiliés afin d’amener les gouvernements nationaux à prendre des mesures concernant les visas, les mises en quarantaine, les vols et d’autres aspects à prendre en compte afin de rétablir les relèves d’équipage aux quatre coins du globe ;
  • dénoncer toute tentative d’intimidation ou de mise sur liste noire des gens de mer pour avoir exercé leur droit humain de cesser de travailler et d’être rapatriés une fois leur contrat terminé ;
  • condamner toute tentative de criminaliser les gens de mer ou de leur faire porter la responsabilité des conséquences inévitables de l’utilisation de cette main-d’œuvre poussée à bout de force et mentalement stressée, sur la flotte mondiale ; et
  • explorer d’autres options qui permettront de contraindre les gouvernements à aborder cette crise avec sérieux.

 

Nous avons déjà dit auparavant que les mots seuls ne suffisent pas. Ce ne sont pas de belles paroles qui permettront à nos gens de quitter ces navires, ou qui permettront aux gens de mer sans emploi de retourner au travail. De simples mots ne permettront pas d’éviter le désastre.

C’est un passage à l’acte que nous exigeons.

Consultez notre communiqué de presse sur le sujet.

Vous êtes un marin et avez besoin d’une aide ou d’une assistance immédiate ? Contactez l’assistance ITF Seafarers.