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Des syndicats néo-zélandais appellent à l’action à la suite d’un scandale présumé de trafic d’êtres humains aux Fidji

23 Mar 2021

Les syndicats néo-zélandais des travailleurs des transports demandent à leur gouvernement de mettre en garde les Fidji après que la police a lancé une enquête sur le trafic potentiel de dizaines de gens de mer philippins dans l’industrie du commerce maritime du pays.

  • 20 marins philippins ont été recrutés par Goundar Shipping pour exploiter ses ferries aux Fidji ;
  • Goundar a promis aux gens de mer des salaires de 1 000 dollars américains par mois, mais leur a versé beaucoup moins à leur arrivée ;
  • La société refuse de payer plus de 250 000 dollars australiens de salaires impayés ;
  • Sept des marins sont toujours abandonnés à Suva, sans réseau de soutien, sans logement fixe ni revenu.

« Les enquêtes menées par les syndicats ont mis au jour des allégations d’abus, de sous-paiement, de conditions de travail dangereuses, voire de traite d’êtres humains et d’esclavage à grande échelle, en plein cœur de la Nouvelle-Zélande, » a déclaré Paul Tolich, président du Comité national de coordination de l’ITF en Nouvelle-Zélande.

ITF New Zealand NCC Chair Paul Tolich
Paul Tolich a déclaré que les allégations d’abus et de sous-paiement des travailleurs devaient faire l’objet d’une enquête approfondie de la part des autorités fidjiennes et que des changements s’imposent afin d’empêcher de nouveaux abus| Crédit : ITF

« Des dizaines de gens de mer philippins ont été persuadés de venir dans notre région pour travailler dans la plus grande flotte de ferries des Fidji sur la promesse de salaires et de conditions équitables. Mais en raison de l’incapacité du gouvernement fidjien à faire respecter les contrats de travail de ces gens de mer et à garantir leurs droits fondamentaux et leurs droits de l’homme, ces marins se sont retrouvés pris au piège et contraints de travailler contre leur gré aux Fidji depuis des années, » a-t-il ajouté.

Les responsables fidjiens chargés du travail, de l’immigration et des forces de l’ordre n’ont pas donné suite aux plaintes déposées par ces gens de mer contre Goundar Shipping pendant plus de trois mois, ne réagissant qu’après que cette affaire avait été portée à l’attention des médias par l’ITF en février.

Crew found squalid working and living conditions onboard when they arrived in Fiji
À son arrivée aux Fidji, l’équipage a trouvé des conditions de travail et de vie sordides à bord | Crédit : ITF

M. Tolich a déclaré que les syndicats néo-zélandais se réjouissaient d’apprendre qu’une enquête de police avait enfin été lancée, mais que les craintes d’une éventuelle tentative d’étouffer l’affaire subsistaient, une fois que les marins auraient quitté le pays pour rentrer aux Philippines.

« J’adresse le présent courrier au nom de nos affiliés aux ministres néo-zélandais des Affaires étrangères et des Relations du travail, en les invitant à soumettre immédiatement le cas de ces gens de mer à leurs homologues à Suva. Les Fidji doivent savoir qu’en tant que Néo-Zélandais, nous attendons une enquête approfondie sur les abus subis par ces travailleurs et souhaitons que les employeurs indélicats soient poursuivis en bonne et due forme. »

NZ Minister of Foreign Affairs - Nanaia Mahuta
La ministre néo-zélandaise des Affaires étrangères - Nanaia Mahuta | Crédit : Stuff.co.nz

Nous voulons que les Fidji s’engagent à faire évoluer les choses, notamment au moyen de réformes législatives et d’une application juste de la loi, afin que cela ne se reproduise pas avec d’autres travailleurs. Le gouvernement néo-zélandais devrait proposer son aide à cet égard, si nécessaire. Nous ne pouvons tolérer que des travailleurs migrants soient exploités et victimes de la traite dans notre région, » a-t-il ajouté.

New Zealand Minister of Workplace Relations - Michael Wood
Le ministre néo-zélandais des Relations et de la Sécurité au travail - Michael Wood | Crédit : labor.org.nz

M. Tolich a déclaré qu’en vertu des lois fidjiennes actuelles, les travailleurs migrants ne bénéficient pas des mêmes protections que les citoyens fidjiens, ce qui ne facilite pas la dénonciation des abus dont ils sont victimes.

Goundar Shipping a licencié trois des marins en décembre lorsque l’entreprise a découvert qu’ils avaient contacté les syndicats locaux au sujet de leurs droits. Ils ont été abandonnés dans un port distant et ont dû passer la nuit sur un quai avant de pouvoir rentrer à Suva. Selon les lois en vigueur dans le pays, le licenciement était vraisemblablement légal.

« Nous soutenons les appels lancés par les syndicats fidjiens en faveur d’une meilleure reconnaissance du problème par le gouvernement des Fidji afin de mieux défendre les travailleurs migrants et locaux. En cas de problème de sous-paiement et d’abus, le meilleur moyen d’aider les travailleurs à s’exprimer sans crainte est de disposer de syndicats plus forts. Former des syndicats et y adhérer est un droit humain fondamental, » a ajouté M. Tolich.

M. Tolich a fait remarquer que les Fidji avaient récemment été élues à la présidence du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, s’engageant à défendre les droits de la personne.

« Il est temps de faire montre de ce leadership chez nous, » a-t-il déclaré.

Notes :

  • Plus de 20 gens de mer ont été recrutés par Goundar Shipping Limited aux Philippines pour exploiter la plus grande flotte de ferries des Fidji.
  • Les travailleurs ont signé des accords aux termes desquels Goundar Shipping s’engageait à leur verser 1 000 dollars américains par mois, mais lorsque certains d’entre eux sont arrivés aux Fidji, les salaires payés par la compagnie étaient bien moins élevés.
  • La compagnie est immédiatement revenue sur son obligation contractuelle et légale de rapatrier les marins, ne leur proposant des vols de retour qu’après la signature d’un contrat de travail d’un an.
  • Les travailleurs devaient financer leur propre équipement de protection individuelle (EPI) sur les navires rouillés, et ils affirment que des retenues sur salaire leur ont été imposées pour payer des articles de base comme les produits de toilette.
  • L’entreprise a encore réduit de 50 pour cent le salaire des travailleurs, prétextant que leurs bénéfices avaient chuté en raison du Covid.
  • La compagnie a sous-évalué les heures de travail – ne rémunérant bien souvent que 7 heures des plus de 90 heures réellement effectuées par les gens de mer chaque semaine.
  • Selon les premiers calculs de l’ITF, Goundar Shipping doit collectivement aux gens de mer plus de 250 000 dollars australiens en salaires impayés.
  • Plusieurs messages montrent que le personnel de Goundar a exigé des travailleurs qu’ils remettent leur passeports, faute de quoi ils ne seraient pas payés.
  • Ce n’est qu’après que l’enquête de l’ITF a été rendue publique que la compagnie a affrété des vols pour ramener chez eux 9 des 20 marins.
    • Les syndicats craignaient que cela ait pu empêcher les travailleurs de témoigner des abus de la compagnie.
    • Mais le département de l’Immigration de Fidji a rapidement procédé à des entretiens. Le ministère a reconnu aux gens de mer le « statut de victime », interdisant aux représentants de Goundar de les contacter à l’avenir.
    • Le gouvernement philippin a financé les frais de quarantaine des marins, et une association caritative a payé les tests PCR Covid-19 (tous deux à la charge de Goundar).
    • Les neuf gens de mer sont arrivés à Manille cette semaine.
  • Sept marins sont toujours abandonnés à Suva, sans réseau de soutien, sans logement fixe ni revenu :
    • Quatre ont démissionné après que Goundar avait exigé qu’ils remettent leurs passeports.
    • Les trois autres ont été licenciés par Goundar, au motif qu’ils avaient exposé leurs problèmes aux syndicats.
  • Ce week-end, CNN a annoncé que le ministère philippin des Affaires étrangères avait transféré l’aide sociale des gens de mer de son consulat à Suva à son ambassade à Wellington, Nouvelle-Zélande, qui dispose d’un attaché du travail.

 

CONTACT MÉDIAS

Contexte et demandes d’informations

media@itf.org.uk

 

Interviews

Paul Tolich | paul.tolich[at]etu.nz | +64 27 593 5595

Paul est président du Comité national de coordination de l’ITF en Nouvelle-Zélande. Il est également Responsable principal des relations industrielles pour E Tū, un syndicat affilié à l’ITF.

 

Gens de mer concernés

Un certain nombre de gens de mer concernés par cette affaire sont disponibles pour des entretiens, à condition que les médias acceptent de ne pas révéler leur identité pour les protéger, eux et leur famille. Entretiens sur demande via : media@itf.org.uk

 

À PROPOS DE L’ITF

La Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) est une fédération syndicale mondiale démocratique, dirigée par ses affiliés et reconnue comme la plus grande organisation mondiale du secteur des transports. L’ITF est la voix de près de 20 millions de femmes et d’hommes travaillant dans les industries du transport à travers le monde, y compris des dizaines de milliers de travailleurs du transport néo-zélandais.

Les syndicats affiliés à l’ITF en Nouvelle-Zélande sont :

  • Aviation and Marine Engineers’ Association (AMEA)
  • E Tū
  • FIRST Union
  • Maritime Union of New Zealand (MUNZ)
  • Merchant Service Guild Industrial Union of Workers (MSG)
  • Rail and Maritime Transport Union (RMTU)
ITF New Zealand affiliates