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Deliveroo : des coursiers dénoncent les agissements de l’entreprise à qui la pandémie profite, à l’approche de son introduction en bourse

Actualités Communiqué de presse

Exposés à la pauvreté et à des conditions de travail dangereuses, des coursiers forment un réseau mondial afin d’ouvrir les yeux des investisseurs sur le modèle d’affaires de Deliveroo, assimilable à de l’exploitation.

9 mars 2021 – Deliveroo et ses premiers investisseurs s’attendent à lever plusieurs milliards avec l’introduction imminente de la société à la Bourse de Londres, mais les livreurs sans qui l’entreprise ne pourrait fonctionner crient à l'injustice. Selon ces derniers, le modèle d’affaires prédateur de Deliveroo fait peser des risques importants sur ses travailleurs, notamment de faibles taux de rémunération, des conditions de travail dangereuses et des pratiques de désactivation arbitraire de comptes.

Un réseau mondial de coursiers de Deliveroo met en garde les investisseurs potentiels contre les risques croissants en matière juridique, réglementaire et d’atteinte à la réputation, les exhortant à retirer tout soutien à l'entreprise tant que celle-ci n’aura pas veillé à améliorer la sécurité, les conditions de travail et la rémunération de ses livreurs. Les coursiers ont publié ce jour une lettre à l’endroit du PDG de Deliveroo Will Shu, appelant l'entreprise à cesser de les traiter comme des citoyens de seconde zone.

La pandémie, et avec elle la livraison de repas et de provisions à plusieurs millions de personnes dans 12 pays, a vu les bénéfices de l’entreprise grimper en flèche. L'introduction en bourse devrait permettre à Shu de voir sa participation dans la société augmenter jusqu'à 910 millions de dollars. « Au lieu de permettre aux livreurs de jouir des droits qui leur reviennent, Deliveroo exerce sur eux une pression encore plus forte, » déclare Stephen Cotton, Secrétaire général de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF), qui soutient le réseau des livreurs. « Alors que des concurrents comme JustEat changent de modèle, Deliveroo laisse les livreurs qui alimentent nos villes dans une situation où ils peinent à nourrir leur propre famille. »

Selon l’indice Leeds Index de Platform Labour Protest, Deliveroo est la plateforme la plus contestée au monde - avec à son actif plusieurs cas signalés de réclamations émanant des travailleurs et travailleuses de l’économie des petits boulots. Les coursiers ont ainsi dénoncé des pratiques injustifiées de désactivation de leurs comptes, des objectifs de livraison irréalistes et dangereux ainsi que des mesures de santé et de sécurité inadaptées face à la pandémie mondiale actuelle. « À cela s’ajoutent les tentatives répétées de Deliveroo de se soustraire à ses responsabilités en matière de sécurité d’emploi, de salaires minimums et de protection sociale en classant ses coursiers à tort comme travailleurs indépendants, » explique Cotton.

Malgré les tentatives de Deliveroo et d’autres acteurs de l’économie des petits boulots de classer les coursiers dans la catégorie des indépendants, les tribunaux – dont les plus hautes instances au Royaume-Uni et en France – reconnaissent de plus en plus l’existence d’une relation de travail directe.

Le mois dernier, un tribunal néerlandais a jugé que Deliveroo classait à tort ses travailleurs dans la catégorie des indépendants pour éviter d’avoir à leur payer des congés, indemnités de maladie et autres prestations sociales. Auparavant, des tribunaux espagnols étaient arrivés à une conclusion similaire. Ces décisions importantes mettent en lumière une reconnaissance croissante des obligations légales et réglementaires des entreprises qui opèrent via une plateforme numérique.

« Non sans cynisme, Deliveroo se cache derrière la notion de 'flexibilité' pour échapper à ses responsabilités envers ses employés, » déclare Felipe Diez Prat, membre du syndicat espagnol UGT et ancien livreur pour Deliveroo. « L’entrée en bourse de Deliveroo est lourde de signification : elle témoigne d’un avenir dans lequel les entreprises seront récompensées pour avoir tiré les salaires vers le bas. »

Sans ses coursiers, Deliveroo ne serait pas la marque mondiale qu'elle est aujourd'hui, explique Jérémy Wick, membre de la CGTet livreur Deliveroo à Bordeaux. « Les investisseurs et les clients doivent dire à Deliveroo de faire ce qui est juste pour ses livreurs, sans qui l’entreprise ne serait pas viable. Soyez une entreprise responsable : protégez la santé et la sécurité des coursiers et accordez-leur un salaire juste et transparent. »

Attachée à renforcer l’organisation et amplifier la voix des travailleurs des plateformes, l’ITF soutient le réseau #Rights4Riders. Elle a d’ailleurs lancé au mois de novembre les 10 principes à l’attention des employeurs de l’économie des petits boulots, qui proposent une orientation en vue de mettre fin à l’exploitation dans l’économie des petits boulots.

 

FIN

 

Autres citations :

Debbie Berendsen, livreuse Deliveroo et membre de la Confédération syndicale néerlandaise (FNV) : « Un jour, Deliveroo a soudain décidé de doubler le nombre de coursiers dans notre ville. Les commandes ont donc été divisées et il n'y en avait plus assez pour tout le monde. Après deux années de travail, j’ai perdu la moitié de mon revenu en quelques jours à peine. C'était réellement affligeant. Partout dans le monde, les livreurs se montrent solidaires les uns envers les autres, et poursuivent Deliveroo en justice pour obtenir de meilleures conditions de travail. »

Zakaria Boufangacha, membre du conseil d'administration de FNV, Pays-Bas : « Les tribunaux néerlandais ont décidé le mois dernier que Deliveroo agissait en qualité d’employeur et que tous les livreurs de repas pouvaient réclamer un contrat de travail. Cela signifie que les livreurs ont droit non seulement à un contrat de travail, mais aussi qu'ils peuvent automatiquement prétendre à des salaires collectifs, au versement continu de leur rémunération en cas de maladie et au paiement du temps d'attente dans les restaurants. Faisons en sorte que cette décision serve d’exemple. Il est inacceptable qu’une introduction en bourse rapporte des milliards aux entreprises des plateformes numériques alors que leurs travailleurs ne jouissent pas même d’une protection financière pour les aider à surmonter d’éventuels coups durs. Selon les calculs de la FNV, Deliveroo aurait ainsi évité des coûts de main-d’œuvre à hauteur de 54 millions d’euros rien qu’aux Pays-Bas l’année dernière. »

Michael Kaine, Secrétaire national du Transport Workers Union (TWU), Australie: « En Australie, Deliveroo est devenue synonyme d’exploitation. Depuis son arrivée dans le pays, l'entreprise n'a eu de cesse d'éroder les conditions de travail, de réduire les salaires et de monter les coursiers les contre les autres pour se disputer les commandes ; plusieurs centaines de coursiers ont été licenciés sans aucun préavis. Actuellement, deux affaires impliquant Deliveroo sont en cours en Australie. Également, des coursiers de Deliveroo sont devenus les premiers représentants santé et sécurité élus en Australie au sein d’une entreprise de l’économie des petits boulots. Malgré les tentatives déployées par Deliveroo pour arrêter et retarder ce processus, ces coursiers ont tenu tête pour que leurs droits soient reconnus en vertu de la législation. Nous restons déterminés à obliger Deliveroo à rendre compte de ses actes et à faire pression en faveur de la réglementation de l’économie des petits boulots. »

Alex Marshall, ancien coursier et président de l’Independent Workers Union en Grande-Bretagne : « Investir dans Deliveroo, c’est investir dans un modèle d’affaires par essence risqué et abusif. Deliveroo continue d'ignorer les appels à la reconnaissance de nos syndicats. Ils ont entraîné des livreurs dans des batailles juridiques de longue haleine pour nous empêcher de jouir du droit de négocier collectivement. Deliveroo a même renforcé encore sa position d'hostilité envers les travailleurs en s'assurant le soutien financier d'Amazon, une entreprise célèbre pour ses pratiques antisyndicales. »

Angelo Avelli de Riders x i Diritti, un réseau national réunissant des groupes de coursiers italiens : « Les décès récents de coursiers en Italie, en Espagne et en Irlande nous rappellent que le modèle de Deliveroo est foncièrement dangereux, obligeant les livreurs à travailler plus rapidement et plus longtemps sans assurance ni formation sur les questions de santé et de sécurité. Deliveroo engrange ses bénéfices aux dépens des livreurs qui prennent tous les risques. »

 

Note aux rédactions :

Les membres du réseau international Rights 4 Riders comprennent :

  • Belgische Transportarbeidersbond - Union Belge du Transport et de la logistique (BTB-UBT) – Belgique
  • Catering and Hotel Industries Employees General Union – Hong Kong
  • Collectif National des Livreurs CGT – France
  • Federazione Italiana Lavoratori dei Trasporti (FILT-CGIL) – Italie
  • Independent Workers Union of Great Britain (IWGB) – Royaume-Uni
  • Confédération syndicale néerlandaise (FNV) – Pays-Bas
  • Riders x i Diritti – Italie
  • Transport Workers' Union (TWU) – Australie
  • UILTrasporti – Italie
  • Unión General de Trabajadores (FSMC-UGT) – Espagne
  • Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF)

Les livreurs sont disponibles pour tout commentaire. Pour convenir d’un entretien, contacter l’équipe Médias de l’ITF

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