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L’ITF réclame des aéroports sûrs, pour les personnels comme pour les passagers

21 May 2020

La pandémie de COVID-19 a exacerbé, et non créé, les problèmes auxquels les personnels des aéroports sont aujourd’hui confrontés : fragmentation, sous-traitance et externalisation du travail vers des effectifs précaires. À cause de cette crise, de nombreuses personnes ont perdu leurs moyens de subsistance, licenciées du jour au lendemain sans indemnités, indépendamment de leur ancienneté.

Le modèle aéroportuaire tel qu’on le connaît, qu’il s’agisse des commerces ou de l’emploi, n’est plus adapté au monde d’aujourd’hui, que cela soit pour les personnels ou les passagers.

La sous-traitance entrave la mise en œuvre et l’évaluation des dispositifs de santé et de sécurité dans la mesure rendue nécessaire pendant la crise et au sortir de celle-ci. Avant de monter à bord, les passagers continueront de traverser l’aérogare et d’entrer en contact avec divers personnels, notamment à l’enregistrement des bagages, au passage des contrôles de sécurité et à l’embarquement. Tant les personnels que les passagers doivent avoir l’assurance que des mesures de sécurité adéquates sont prises par tous les prestataires de services, sous-traitants compris.   

Pour que les passagers et le marché reprennent confiance, il faut une stratégie de santé et de sécurité mondiale et coordonnée pour gérer la crise du Covid-19 dans les aéroports. Celle-ci passe par des mesures standardisées et des ressources suffisantes pour leur mise en application. C’est au travers des personnels et de leurs syndicats que l’on peut le plus efficacement contrôler et faire appliquer les normes de santé et de sécurité. Dès lors, tout doit être mis en œuvre pour instaurer un cadre de santé et de sécurité tripartite valable pour l’ensemble des structures aéroportuaires.

L’aviation et les aéroports doivent être reconnus comme un bien collectif fondamental pour le développement économique, le commerce, la mobilité et la société. Ceci appelle une réglementation et un contrôle stricts de la part des gouvernements, ainsi qu’une planification, des investissements et, le cas échéant, la nationalisation. La renationalisation partielle ou, dans certains cas, totale, de la gestion et du financement des aéroports, permettrait aux gouvernements de reprendre le contrôle de la sécurité et de la sûreté aériennes, leur responsabilité en dernier ressort. 

Les aéroports relient les marchés régionaux, nationaux et internationaux, et sont cruciaux pour le développement économique.  La pandémie de COVID-19 devrait s’avérer encore plus catastrophique pour la santé financière des aéroports plus modestes. Le coup de massue subi par les petits aéroports impactera inévitablement les populations isolées et vulnérables, qui ont besoin de ces infrastructures non seulement d’un point de vue économique, mais aussi pour des services essentiels comme les ambulances aériennes et les déplacements. Tout investissement s’avérant nécessaire pour les préserver et leur garantir un avenir en tant que plaques tournantes régionales doit s’assortir de conditions d’emplois de qualité et stables.

Le leadership des pouvoirs politiques, fondé sur une coopération étroite avec les employeurs et les syndicats, est la seule solution. L’ITF appelle les gouvernements, les autorités aéroportuaires et les employeurs à négocier avec les syndicats pour :

Garantir la santé et la sécurité des personnels aéroportuaires et des passagers

  1. Reconnaître la responsabilité en dernier ressort de l’employeur en matière de santé, de sécurité et de bien-être de tous les personnels de ses opérations et chaînes d’approvisionnement, et reconnaître le Covid-19 comme maladie professionnelle ;
  2. Fournir des équipements de protection individuelle (EPI) aux personnels et aux passagers, qui soient adéquats et adaptés à la morphologie des hommes et des femmes, pour protéger les personnels des infections, en particulier ceux en contact avec le public ; rendre le port du masque obligatoire pour toute personne entrant dans l’aéroport  ;
  3. Donner accès gratuitement à des soins de santé et au dépistage médical, à des traitements, des formations, des équipements et des installations pour la formation de tous les personnels ; 
  4. Accorder un congé rémunéré garanti, sous la forme d’indemnités de maladie ou de congé, dès le premier jour de l’absence, pour toute personne menacée ou infectée par le Covid-19 et pour les personnels ayant des responsabilités de soins ;

Préserver les droits des personnels pour préserver la sécurité des passagers

  1. Faire appliquer les Conventions de l’OIT relatives à la liberté syndicale, la négociation collective, le travail forcé, la discrimination et la santé et la sécurité au travail pour tous les personnels ; protéger les droits syndicaux et être réactif aux problématiques liées au genre, au statut migratoire et aux personnes LGBT+ ;
  2. Identifier les menaces et nouvelles pressions sur la santé, les droits et le bien-être des personnels, et développer et mettre en œuvre des réponses au travail, dont des protocoles de distanciation sociale standardisés ;
  3. Veiller à ce que les personnels disposent des moyens adéquats et sûrs de signaler les risques sur le lieu de travail et les risques pour la santé et la sécurité, sans crainte de sanction ou de licenciement ; 
  4. Respecter le droit de retrait quand le travail présente un danger grave et imminent pour la vie et la santé de la personne ou de ses proches, sans crainte de représailles ;

Protéger les salaires, les conditions de travail et l’emploi

  1. Mettre fin aux formes de travail précaires et atypiques dans les aéroports et les chaînes d’approvisionnement, pour protéger la santé, la sécurité et le bien-être des personnels et des passagers, et décider d’un moratoire sur tous les licenciements ;
  2. Améliorer la planification, les journées de travail et les horaires pour protéger l’emploi ainsi que la santé et la sécurité des personnels, et tenir compte de leurs responsabilités de soins ;
  3. Évaluer les pratiques de travail existantes en concertation avec les syndicats, et les modifier si nécessaire pour limiter l’exposition des personnels aux passagers ;
  4. Reconnaître et récompenser le rôle essentiel des personnels aéroportuaires au travers de primes et avantages accrus, dont des indemnités en cas de blessure ou de décès ;

Construire la durabilité économique et financière

  1. Maintenir le statut opérationnel des aéroports durant la crise pour assurer une relance sûre et efficace du secteur quand l’occasion s’en présentera ;
  2. Reconnaître le rôle clé des aéroports en tant que biens économiques collectifs, en particulier dans les petites communautés isolées, qui ont besoin des aéroports pour leur développement économique et social ;
  3. Réduire la sous-traitance et l’externalisation des services et emplois aéroportuaires et, le cas échéant, habiliter les autorités aéroportuaires à gérer et/ou employer directement tous les personnels aéroportuaires ;
  4. Inclure les syndicats dans les consultations sur tous les nouveaux développements technologiques découlant du Covid-19, et assurer une transition juste avec une égalité d’accès et des chances pour les femmes ;
  5. Garantir la durabilité de l’aide financière publique et du soutien aux employeurs aéroportuaires ; 

Coopérer pour assurer le leadership et la responsabilité

  1. Établir des comités de santé et de sécurité aéroportuaires tripartites avec représentation des femmes et des jeunes, pour que les normes et mesures de santé et de sécurité soient bien comprises par les personnels, contrôlées, appliquées et évaluées ;
  2. Collaborer avec l’OACI pour décider de normes et stratégies mondiales et coordonnées en matière de santé et de sécurité pour les aéroports et l’aviation, en coopération avec les comités de santé et de sécurité aéroportuaires tripartites, les compagnies aériennes et les syndicats.

Ces mesures doivent s’appliquer à l’ensemble des travailleuses et travailleurs aéroportuaires indépendamment de leur description de poste, accord contractuel et statut d’emploi, et tenir compte de la dimension de genre et du statut migratoire.

Les gouvernements et les employeurs devraient également dialoguer avec l'ITF et les syndicats par l'entremise de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), qui est l'instance appropriée pour coordonner une réponse internationale à la crise et préparer l'industrie à la relance de l'économie mondiale.

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