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La conférence mondiale de la pêche marque des progrès pour les pêcheurs alors que la lutte s’oriente désormais vers les distributeurs et les consommateurs

07 Dec 2022

Des syndicats représentant plus de 129 000 pêcheurs se réunissent à Amsterdam au cours des deux prochains jours pour établir leur programme d’amélioration des droits, de la sécurité et des conditions de travail des pêcheurs.

La Conférence de la Section de la pêche de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) rassemble 89 syndicats de pêcheurs de 59 pays, aux côtés de militants des réseaux des droits des pêcheurs et de responsables universitaires, afin de marquer des progrès et de façonner les cinq années d’action à venir.

« La pêche reste un secteur où les droits fondamentaux des travailleurs sont régulièrement bafoués, en particulier dans le cas de ceux qui travaillent dans les pays du Sud et qui en sont originaires », a déclaré Johnny Hansen, Président de la Section de la pêche de l’ITF.

Le secteur demeure l’un de ceux qui exploitent le plus la main-d’œuvre au niveau mondial :

  • 128 000 pêcheurs se retrouvent prisonniers à bord de navires de pêche, en situation de travail forcé, selon les estimations publiées en septembre par l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
  • Chaque année, au moins 24 000 pêcheurs sont tués au travail et beaucoup plus sont gravement blessés selon les estimations du Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur le droit à l’alimentation.
  • Bien qu’ils représentent 55 % de la main-d’œuvre au Royaume-Uni, les pêcheurs migrants travaillent un plus grand nombre d’heures que les travailleurs locaux pour un salaire moindre et ont peur de parler même si 35 % d’entre eux signalent qu’ils font l’objet de violence au travail. Ce traitement réservé aux pêcheurs migrants, qui leur refuse les mêmes droits que ceux des travailleurs locaux, est courant dans le monde entier.

« Étant donné l’augmentation permanente des flottes de pêche, notamment en Chine, les pratiques de pêche irresponsables et la pression grandissante qui s’exerce pour réduire les coûts dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement, nous assistons à l’exploitation croissante des pêcheurs à travers le monde », a souligné Hansen.

Hansen, qui a rejoint le secteur en tant que pêcheur en 1982, a déclaré que les gouvernements à travers le monde avaient autorisé les entreprises à se livrer concurrence sans aucune restriction, tandis que les travailleurs employés dans leurs chaînes d’approvisionnement se voyaient attribuer une protection quasi inexistante.

« Les gouvernements ignorent les mesures de protection à l’égard de la main-d’œuvre, afin d’encourager et d’accroître la concurrence. Au lieu de protéger les droits fondamentaux des pêcheurs, ils ont laissé les entreprises pratiquer des méthodes leur permettant de commercialiser des produits à moindre coût au détriment des travailleurs, spoliant ainsi encore plus les pêcheurs de normes de travail déjà si basses qu’elles relèvent de l’exploitation. »

« C’est pourquoi notre stratégie a évolué. Cette évolution n’est possible qu’en développant le pouvoir des travailleurs dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement et en faisant en sorte que tous les acteurs, aussi bien les gouvernements que les entreprises de produits de la mer et les distributeurs, soient tenus responsables des normes de travail du sommet jusqu’à la base des chaînes d’approvisionnement du secteur de la pêche », a déclaré Hansen.

La conférence a lieu à un moment où la responsabilisation des chaînes d’approvisionnement revêt une importance croissante pour une nouvelle génération de consommateurs éthiques, tandis que de nombreux gouvernements renforcent lois et légalisation concernant la responsabilisation, la transparence et la diligence raisonnable en matière de droits humains.

Johnny Hansen, Président de la Section de la pêche de l’ITF, a rejoint le secteur en tant que pêcheur en 1982. | (Crédit : NSU)

 

Solidarité mondiale

À Amsterdam, les délégués se verront expliquer comment l’ITF et ses syndicats affiliés effectuent un travail essentiel mondialement pour obtenir une réglementation garantissant les droits des pêcheurs. Travaillant aux côtés des pêcheurs en Asie du Sud-Est, en Afrique de l’Ouest, au Royaume-Uni et en Irlande, l’ITF et ses partenaires ont soutenu la constitution de réseaux des droits des pêcheurs de manière à jeter les bases qui permettront aux travailleurs de créer leurs propres syndicats indépendants.

« Il y a tellement de gens qui cherchent à tromper les pêcheurs – les agents de recrutement, les armateurs. Nous agissons en faveur de l’égalité pour chaque pêcheur qui considère l’Irlande comme son pays », a indiqué Noel Addablah, un pêcheur migrant du Ghana qui assiste à la conférence et qui est arrivé en Irlande sur la promesse d’un travail décent et d’un bon salaire, pour trouver une industrie où régnaient les pratiques abusives, le racisme et des conditions de travail relevant de l’exploitation.

Noel Addablah s’est impliqué dans le Réseau des droits des pêcheurs soutenu par l’ITF après son arrivée en Irlande en 2018 en tant que pêcheur migrant ghanéen. Il a trouvé « une industrie où régnaient les pratiques abusives, le racisme et des conditions de travail relevant de l’exploitation ». | (Crédit : ITF)

La conférence célébrera de récentes étapes décisives dans la lutte mondiale pour le travail décent :

  • En Irlande, près d’une décennie de campagnes menées par l’ITF pour défendre les droits des pêcheurs a vu le gouvernement s’engager à abolir son Régime de permis de travail atypique (Atypical Working Scheme) extrêmement problématique utilisé pour recruter les pêcheurs migrants dans le pays. La législation irlandaise abandonnera le statut de résident des pêcheurs lié à leur emploi continu par un armateur pour le remplacer par des voies d’accès au visa fournissant aux travailleurs migrants les garanties légales dont bénéficient les citoyens irlandais et la possibilité de se faire naturaliser.
     
  • En Thaïlande, l’ITF a aidé des milliers de pêcheurs migrants birmans et cambodgiens à créer le Réseau des droits des pêcheurs (FRN) et à le développer. Le FRN a mobilisé les pêcheurs pour qu’ils se battent afin de protéger leurs droits en négociant des accords de chaîne d’approvisionnement en produits de la mer, et des accords en matière de santé et de sécurité avec les fournisseurs et les armateurs. Les efforts de l’ITF pour créer un syndicat démocratique pour les pêcheurs en Thaïlande, conjugués à la pression exercée par des partenaires de la région, ont forcé la Thaïlande à devenir le premier pays d’Asie à ratifier la C188 en janvier 2019.

L’ITF invite les grands pays de pêche que sont l’Indonésie et les Philippines, ainsi que la Côte d’Ivoire et le Ghana, à ratifier urgemment la convention n° C188 de l’OIT, le texte international qui protège les droits des pêcheurs et des conditions de travail décentes. Outre la stipulation de conditions de travail minimales, la convention énonce clairement les droits fondamentaux civils et du travail des pêcheurs – notamment le droit de constituer des syndicats et d’y adhérer. Sans la ratification et la mise en œuvre de cette convention, les gouvernements peuvent continuer à détourner le regard pour ne pas voir l’exploitation permanente des pêcheurs travaillant dans leur pays ou à l’étranger.

S’agissant des 20 gouvernements à avoir déjà ratifié la C188, l’ITF insistera pour qu’ils remplissent l’obligation qui leur incombe de mettre en œuvre et de faire respecter efficacement la législation visant à protéger les travailleurs de leur secteur de la pêche. Les affiliés de la pêche de l’ITF continueront de faire campagne pour le soutien inconditionnel des droits syndicaux fondamentaux des pêcheurs, notamment les droits de liberté d’association et de négociation collective des clauses et conditions d’emploi, indépendamment de la nationalité ou du statut de résident. Il s’agira notamment de faire pression sur des pays, tels que la Thaïlande, pour qu’ils ratifient les conventions n° 87 et n° 98 de l’OIT qui traitent des droits de liberté d’association et de négociation collective des travailleurs.

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Photo de couverture : Sur la photo, le pêcheur Christopher Kwesi, qui travaille en Irlande du Nord avec un autre pêcheur non identifié. (Crédit : Marley Monacello, CIW)