Les Teamsters, c'est toute ma vie

Changez pour les graphiques en définition basse | Autres langues | Passez du contenu à la recherche

Contenu de la page: Accueil > Magazine Transport international > Transport Internationale Numéro 21 > Les Teamsters, c'est toute ma vie


Tyson Johnson, nous confie les joies et les peines de sa fonction de vice-président régional (pour le Sud) et de directeur national de la division fret du syndicat américain Teamsters (IBT).

Pourquoi militez-vous engagés dans les Teamsters ?

Les Teamsters, c'est toute ma vie. J'ai rejoint leurs rangs en 1966, quand j'ai commencé à travailler comme docker pour Yellow Transportation. Mon père, qui a conduit des camions toute sa vie, était délégué syndical. Depuis tout jeune, je sais donc que pour les travailleurs, il est indispensable de faire partie d'un syndicat. Pour bénéficier d'un salaire équitable, d'avantages et d'une protection pour votre famille, mais surtout, pour être respecté au travail.

Quelles difficultés rencontrez-vous pour organiser vos membres ?

La division fret connaît de réelles difficultés depuis le début des années 80 et la déréglementation du transport routier. Les affiliations ont considérablement reculé suite aux licenciements dans les sociétés de fret avec représentation syndicale, passant de 400 000 membres au début des années 80 à 88 000 aujourd'hui.

Aux Etats-Unis, on assiste à une désyndicalisation de la main-d'œuvre orchestrée par la réglementation. L'administration en place a présidé des accords de libre-échange comme l'ALENA et l'ALECA, en vertu desquels notre gouvernement central financera probablement une gigantesque autoroute reliant l'Amérique du Sud aux Etats-Unis, ce qui permettra à un plus grand nombre de camionneurs étrangers non syndiqués et sous-payés de transporter des marchandises vers et depuis le pays.

Les responsables du National Labour Relations Board sont loin d'être favorables aux travailleurs. On peut même dire que le NLRB fait tout ce qui est en son pouvoir pour protéger les employeurs et les grandes sociétés, alors qu'il est à l'origine censé protéger les travailleurs.

Nous assistons maintenant à énormément de violations flagrantes de la loi, pour lesquelles les procédures entamées restent lettre morte au niveau national.

Pensez-vous avoir des préoccupations communes avec d'autres syndicats ?

Nous avons tout intérêt à entretenir une étroite collaboration avec d'autres syndicats internationaux. Nous sommes convaincus que la mondialisation prend le dessus et qu'elle cherche en partie à éliminer les syndicats partout dans le monde.

C'est avec les syndicats de DHL que nous partageons l'un des intérêts les plus immédiats. A la fin de l'année 2003, DHL a acquis Airborne Express, société établie de longue date aux Etats-Unis au sein de laquelle nous représentions 7000 membres.

Cette acquisition par DHL fut un tournant pour nous et nous avons commencé à négocier avec la direction, qui tentait de fusionner les sociétés et de donner la priorité aux salariés non syndiqués dans la liste d'ancienneté, DHL étant notoirement hostile aux syndicats aux Etats-Unis. Mais grâce à nos négociations, il a été possible d'intégrer les activités d'Airborne dans celles de DHL.

Nous sommes parvenus à maintenir l'organisation syndicale et avons eu beaucoup de réussite depuis dans l'organisation de trois des quatre grands centres opérationnels aux Etats-Unis.

Nous avons préservé le rang d'ancienneté de tous les membres existants. Nous avons aussi préservé l'ancienneté d'environ 235 salariés de DHL et les avons syndiqués. De nombreuses nouvelles recrues, engagées tout au bas de la liste d'ancienneté, nous ont rejoints et bénéficient ainsi de droits complets et des conditions de la convention de travail.

Ces victoires ont-elles été faciles ?

Non. Elles sont le fruit de négociations longues et tendues, étalées sur de nombreux mois. J'attribue notre succès à notre entêtement, à notre persévérance et à notre détermination. Aussi puissante DHL soit-elle, elle ne l'est pas plus que les Teamsters quand elle s'installe aux Etats-Unis. Quoi qu'il en coûte, nous protégerons les intérêts de nos affiliés locaux.

Le problème, pour nos syndicats, ce sont les assauts qu'ils subissent dans le processus électoral, durant l'intervalle entre le jour où ils soumettent une demande de reconnaissance au conseil de l'entreprise et celui du vote. Aux Etats-Unis, les employeurs dépensent des millions de dollars pour s'adjoindre les services d'avocats spécialisés dans l'anti-syndicalisme chargés de dissuader les salariés de se syndiquer.

Y a-t-il des éléments en votre faveur ?

Quand un nouveau salarié arrive dans une société que nous représentons, il n'y a pas de problème – cette personne peut s'affilier librement. Et cette expansion des sociétés existantes a réellement été la source de notre propre progression ces 10 ou 15 dernières années. A cause des départs à la retraite et des fermetures d'entreprises, les affiliations sont en recul, mais notre syndicat demeure très robuste. De nombreux syndicats sous l'égide de l'AFL-CIO fusionnent pour devenir des Teamsters, convaincus par la puissance et la force de négociation des Teamsters en tant que syndicat général.

On assimile souvent les Teamsters aux routiers, mais nous représentons des infirmiers, des policiers, des avocats, des employés de bureau, des mécaniciens, des magasiniers, des boulangers, des proviseurs, des enseignants et bien d'autres.

Quels sont selon vous les principaux atouts de votre syndicat ?

Notre syndicat accorde une importance capitale à l'autonomie des syndicats locaux. Par exemple, si un groupe de proviseurs s'organise à Philadelphie, ils décideront de leur négociation collective, des modalités de leur contrat et de leur représentation, parce que les cotisations restent pour la majeure partie dans le syndicat local. L'organisation est-elle aussi essentiellement locale. Elle n'a pas nécessairement besoin de campagnes d'envergure nationale. Le syndicat national leur est utile pour les recherches, l'aide juridique, les stratégies d'entreprise, l'aide financière et la communication. Le syndicat national envoie alors du renfort, mais la campagne est toujours aux mains du syndicat local.

Les Teamsters ont pris de l'expansion de beaucoup de manières, essentiellement au niveau local et en matière d'organisation, mais aussi sur un autre plan extrêmement important : nous avons pu obtenir des contrats nationaux qui stipulent que toute nouvelle filiale sera syndiquée.

Nous concentrons nos efforts sur les sociétés sans représentation syndicale. Nous obtenons alors un nouveau groupe organisé. Cette stratégie nous permet de représenter maintenant de nombreuses sociétés au niveau national. Même s'il s'agit parfois de contrats individuels dans des syndicats locaux, l'expansion commence ainsi, avant de s'étendre à tous les Etats-Unis.

Que pensez-vous de la coopération syndicale mondiale ?

Depuis que nous avons rencontré d'autres syndicats de l'ITF qui représentent les intégrateurs partout dans le monde, nous sommes impatients de faire partie d'un groupe de travail permanent qui échangera des informations sur les manières de traiter avec ces multinationales. Nous devons devenir un syndical virtuel de solidarité mondiale, quel que soit le pays d'activité de ces sociétés.

Entretien accordé à Kay Parris.

 



Partie Accueil:
Transport Internationale Numéro 21

Autres pages pour Transport Internationale Numéro 21:
Commentaire | Faire avancer l'Europe | Quand la démocratie vacille | Quelles leçons tirer de l'accident d'Amagasaki ? | Bus-Business | Réflexions | Vie active | Solidarité dans la chaîne d'approvisionnement | Qu'attend-on ? | La détermination des travailleurs londoniens après | Une libéralisation équitable ? | A la hauteur des défis | Sur la route

ITF Accueil | Magazine Transport international | Dernier numéro | Précédents numéros | About Transport International | Distribution | Request copies | Editorial staff


Graphique à haute definition

accès | aide pour le site | plan du site

Le journal de la Fédération internationale des ouvriers du transport

© ITF 2004 Tous droits réservés

ITF House, 49-60 Borough Road, London SE1 1DR | +44 20 7403 2733 | mail@itf.org.uk