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Contenu de la page: Magasine Agenda > L'heure du réveil a sonné !
L’Europe orientale et l’Asie centrale connaissent une épidémie de VIH/SIDA des plus fulgurantes. Le rapport mondial de l’ONUSIDA pour 2006 évalue à 1,5 million le nombre de séropositifs dans ces régions en 2005, autrement dit 20 fois plus qu’il y a à peine dix ans.
Le rapport pointe particulièrement l'Ukraine, où le nombre annuel de nouveaux cas de VIH ne cesse d’augmenter, et la Fédération russe, qui connaît la plus grande épidémie de SIDA en Europe.
Le Kazakhstan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan sont également confrontés à l’épidémie, avec un taux d’infection qui progresse sans fléchir.
Les pays d'Europe du Sud-Est sont relativement épargnés, mais la toxicomanie galopante et les comportements à risque pourraient faire exploser les infections.
Deux enquêtes de la Banque mondiale menées en 2003 sur les rencontres d’un soir entre routiers et prostituées dans les zones frontalières de Pologne et de Lituanie, attestent de l'ampleur de la menace pour cette profession, et pour les proches et partenaires.
Les enquêtes révèlent que, comme dans d’autres régions, la multiplication des échanges internationaux et des franchissements de frontière entre les pays d'Europe orientale et centrale et les États baltes, offre une voie toute tracée à la propagation du VIH qui, faute d'action, risque de prendre des proportions catastrophiques.
Les bouleversements socio-économiques qui ont suivi l’effondrement du communisme et l'ouverture des marchés font chuter l'espérance de vie dans les pays de l'ancien bloc soviétique.
Fondée sur les données de 27 pays de la région, une étude de 2003 publiée dans la revue médicale The Lancet arrive à la conclusion que « les profonds chamboulements socio-économiques qui ont secoué l'ancienne Union soviétique dans les années 90 ont entraîné une augmentation vertigineuse de la toxicomanie, de la prostitution, du VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles.»
« La dégradation rapide des conditions socio-économiques et les inégalités croissantes provoquent un sentiment de désespoir et de désillusion qui favorise la transmission du VIH et se traduit par des comportements sexuels à risque, dont la prostitution et la toxicomanie ; par ailleurs, les difficultés économiques font que les ressources manquent pour la prévention et les traitements.».
Le rapport de la Banque mondiale confirme également que le « haut taux de chômage et l'insécurité économique se conjuguent à la libéralisation sociale et culturelle pour faire le lit de l’épidémie de VIH. Un nombre sans précédent de jeunes abandonnent leurs études secondaires, et comme les emplois sont rares, beaucoup risquent de rejoindre les rangs des toxicomanes et des travailleurs sexuels occasionnels ou réguliers, groupes vulnérables par excellence.»
Le drame qui se joue dans la région ne fait guère les gros titres, ni au niveau international ni même dans les pays concernés. Comme si l'on refusait de parler et de reconnaître les ravages de cette épidémie.
En décembre 2000, quand l’Europe orientale a atteint la barre des 700.000 séropositifs, l'Organisation mondiale de la santé a publié un communiqué à la lumière de nouvelles données alarmantes qui présageaient d’une explosion imminente :
« Nous avons une occasion unique de contenir l'épidémie par des actions nationales précoces, soigneusement ciblées et coordonnées, et fortement soutenues par des agences internationales. Les enfants et jeunes d’Europe orientale sont une génération en danger. L’Afrique comptait autrefois 400.000 séropositifs. Ils sont aujourd'hui près de 4 millions. Il n'est pas encore trop tard pour agir. Mais il faut le faire maintenant.»
Hélas, si l’on en croit les derniers chiffres publiés par l’ONUSIDA, cette mise en garde ne semble pas avoir été entendue.
L'un des défis essentiels des gouvernements, de la société et des syndicats des transports dans cette région, c’est désormais de trouver comment combattre le déni généralisé, qui fait que des groupes vulnérables comme les travailleurs des transports continuent d’agir comme si de rien n'était, inconscients des risques.
Il est vrai que les syndicats de la région ont beaucoup d'autres chats à fouetter et ne considèrent généralement pas le VIH/SIDA, encore souvent associé à la toxicomanie, comme une priorité. Ceci complique la tâche de l'Organisation internationale du travail, qui mène des projets de prévention et de soutien dans la région, essentiellement en Russie et en Ukraine.
Il est évident que l’épidémie a trouvé un nouveau souffle dans la communauté de la prostitution et sa clientèle, dont les travailleurs des transports constituent une part considérable. Il est cependant moins facile de savoir si les syndicats des transports de la région intensifient leur travail sur le VIH/SIDA en réaction.
Cristina Tilling, de l'antenne européenne de l'ITF, l’ETF, explique : « Depuis quinze ans, ces syndicats vivent des réformes à vitesse grand V et leurs efforts et ressources sont dès lors axés sur l’emploi et les conditions de travail dans un secteur des transports totalement libéralisé.»
Mais leurs membres les pousseront peut-être bientôt à passer à l’action, comme le reconnaît C.Tilling : « La propagation de la maladie peut poser un risque plus grand encore à mesure que l'Europe développe des corridors de transport longue distance et que son élargissement encourage le transport sans frontières.»
| Conclusions des enquêtes Les enquêtes de la Banque mondiale ont été menées à quatre postes-frontières de Pologne et dans une entreprise de Vilnius, en Lituanie. Pour celles-ci, 901 routiers ont été sélectionnés un à un dans les files d'attente, et interrogés par des sondeurs qualifiés. L'enquête menée en Pologne, de loin la plus vaste et la plus détaillée, confirme le lien de cause à effet indéniable entre les absences prolongées et le comportement à risque qui avait déjà été établi dans d'autres pays.
La quasi-totalité des routiers interrogés se rendent régulièrement à l'étranger – pour 72,8% d’entre eux, au moins deux à trois fois par mois – et 80% déclarent passer quatre mois ou plus loin de chez eux chaque année. Au cours du mois précédent, plus d'un quart des routiers interrogés avaient passé de 15 à 21 jours loin de chez eux. Plus de 95% ont indiqué qu’ils dormaient sur des parkings. Sur les 42,3% de routiers qui ont reconnu avoir eu des relations sexuelles pendant leur trajet, 18,4% ont avoué ne jamais utiliser de préservatifs, tandis que 15% en utilisent occasionnellement. Près de 62% de tous les routiers interrogés ont indiqué ne jamais utiliser de préservatifs quand ils sont chez eux. Dans leur grande majorité (72%), les routiers interrogés ne pensent pas être exposés au VIH/SIDA. Seuls 16% pensent courir un risque, et les 12% restants ne se prononcent pas. |
Aux côtés de l’Union internationale des transports routiers, l’ETF est aux avant postes d'une campagne européenne en faveur d’aires de repos sûres et adéquates, dans l’espoir qu'elles contribueront à endiguer les infections chez les routiers dans toute l’Europe.
L'ETF souhaite faire avancer le débat sur le VIH/SIDA avec les syndicats européens, non seulement pour sensibiliser à l'ampleur de l'épidémie, en particulier en Europe centrale et orientale, mais aussi pour éviter qu'il soit dénaturé.
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