Ouvrir la voie aux soins et traitements

Changez pour les graphiques en définition basse | Autres langues | Passez du contenu à la recherche

Contenu de la page: Magasine Agenda > Ouvrir la voie aux soins et traitements


La participation des syndicats peut grandement améliorer l'accès des travailleurs à des soins adéquats. Romano Ojiambo-Ochieng nous décrit les options.

Bon nombre des pays qui enregistrent un taux de prévalence élevé ont en commun un système de santé inexistant ou déficient. Les responsables syndicaux ont donc pour mission essentielle de négocier avec les employeurs pour qu'ils acceptent de mettre en place des traitements médicaux gratuits ou subventionnés pour les salariés.

Mais une politique générale de soins et de protection des travailleurs séropositifs ne suffira pas à elle seule à garantir un soutien adéquat sur le lieu de travail, ni à instaurer un climat de confiance suffisant pour qu’ils osent recourir aux services proposés.


Nutrition et traitement du VIH

Se nourrir correctement aide à renforcer les défenses immunitaires, ce qui réduit le risque de maladies chroniques et contribue à une meilleure qualité de vie. Par ailleurs, l’insécurité alimentaire et nutritionnelle peut accélérer l’apparition du SIDA et amoindrir l’efficacité des traitements.

Le rôle que joue une alimentation adéquate dans l'atténuation des effets du VIH/SIDA est un fait avéré et de plus en plus reconnu. Même si les traitements antirétroviraux se généralisent pour atteindre ceux qui en ont le plus besoin, une période de survie préliminaire, avec un mode de vie sain, est nécessaire pour un grand nombre de séropositifs.

Une alimentation adéquate et nourrissante revêt une importance capitale pour les séropositifs. Pour rester actifs et en bonne santé, ils ont besoin quotidiennement de 10 à 15% d'énergie en plus et de 50 à 100% de protéines de plus que les personnes non porteuses du virus.

Associer la sécurité alimentaire à l'accès universel aux soins serait non seulement synonyme de vie plus longue, mais aussi de vie active et productive. Grâce à une vie saine, les séropositifs peuvent continuer à contribuer aux revenus du ménage, à s'occuper de la famille et à participer au bien-être général de leur communauté.

L'efficacité des traitements antirétroviraux dépend grandement de l'accès à une alimentation adéquate. Il est prouvé que les personnes qui suivent ces traitements et reçoivent des compléments alimentaires se rétablissent bien plus vite.

On s’aperçoit cependant que les considérations nutritionnelles sont encore loin d’être prises en compte dans les programmes sur le VIH/SIDA. En juin 2006, la Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA (UNGASS) a toutefois franchi une étape décisive avec l'intégration de l'Article 28 de la Déclaration d’engagement sur le VIH/SIDA. L'article souligne la détermination des gouvernements à veiller à ce que « …tous les êtres humains aient, à tout moment, accès à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active, comme éléments d’une riposte globale au VIH/SIDA ».

Aussi évident que cela puisse paraître, et malgré l’existence d’un outil de campagne efficace, le problème demeure. Il faut commencer par faire connaître l'Article 28, puis réfléchir aux possibilités de l'utiliser pour garantir des mesures sur le lieu de travail. Les syndicats doivent appeler les employeurs et les gouvernements à veiller à assurer une alimentation adéquate et nutritive aux travailleurs dans le cadre de leur campagne contre le VIH/SIDA au travail. Les politiques et programmes sur le VIH/SIDA mis en place sur le lieu de travail devraient, dans la mesure du possible, prévoir des dispositions en ce sens.


En Afrique, la plupart des sociétés qui ont prévu cette infrastructure exigent qu'un salarié soit en possession d'une lettre de recommandation du service des ressources humaines pour pouvoir bénéficier d'un traitement. Cette pratique peut occasionner une stigmatisation des salariés séropositifs, qui préféreront dès lors se tourner vers des  infrastructures extérieures, sans que l'employeur en ait connaissance.

Rassurer

Les syndicats devraient négocier non seulement des soins et services de soutien, mais aussi des mesures garantissant aux salariés qui y recourent qu’ils n’ont pas à craindre de perdre leur emploi ou d'être victimes de stigmatisation.

Dans certaines organisations, un salarié qui souhaite un traitement ou une aide doit simplement se munir d'une pièce d'identité et d’une lettre d'attestation d'emploi pour obtenir ces services auprès d’un centre agréé. Le centre envoie alors la facture à l’employeur, avec la mention d'un numéro d'identification anonyme, et ne révèle aucun détail personnel. D'autres employeurs font appel à une société d'assurance pour gérer le système sur une base d'anonymat, dans le cadre de l'assurance-maladie générale.

Dans l'absolu, la méthode utilisée doit garantir que l'employeur ne connaîtra pas

- La collaboration avec le secteur public constitue une autre option -

Dans l'absolu, la méthode utilisée doit garantir que l'employeur ne connaîtra pas l'identité des personnes qui sollicitent les services, sauf si elles le demandent. La seule chose que l’employeur doit savoir, c’est le nombre total de salariés qui recourent à ces services, à des fins de statistiques et de planification.

Mobiliser les resources

Certaines organisations peuvent se permettre de proposer des services en interne, pour les salariés et leurs proches. Elles peuvent aussi nouer des liens et des partenariats avec d'autres organisations, comme les autorités locales, des ONG ou des bailleurs de fonds, pour les services qu'elles ne peuvent proposer elles-mêmes ou qu'il est préférable de dispenser hors du lieu de travail, par exemple les soins à domicile. Ces types de partenariats sont généralement de nature contractuelle.

Les organisations peuvent aussi opter pour des services externalisés, par exemple au travers de l'assurance-maladie ou des programmes de gestion du VIH. Les services externalisés peuvent être financés en totalité par la société ou par les cotisations patronales et salariales.

D'autres employeurs choisissent de créer des « caisses de solidarité » : les cotisations des salariés financent les traitements et les soins. Les cotisants mettent en commun leurs ressources et savent qu'elles seront utilisées pour financer les traitements ou les soins quand les collègues en ont besoin. Ce système est particulièrement indiqué quand l'employeur n’a pas les moyens de financer les soins et le soutien, et pour les travailleurs indépendants ou de l'économie informelle, pour qui le financement des soins de santé pose souvent problème.

Le programme de l’OIT, Stratégies et techniques contre l’exclusion sociale et la pauvreté (STEP), promeut une approche similaire, qui se traduit par des projets que l’on peut qualifier de « mutuelles de santé », qui sont créées dans divers pays à l’initiative de petites entreprises et d’intervenants de l'économie informelle (comme des associations commerciales informelles, des coopératives de l'économie informelle, des associations de femmes et de jeunes).

À propos du dépistage


En matière de SIDA, le dépistage et les conseils ouvrent la voie au traitement, aux soins et au soutien et peuvent grandement contribuer à la prévention en réduisant les comportements sexuels à haut risque chez les personnes qui se savent séropositives.

En 1998, les Nations Unies ont publié des directives sur le VIH/SIDA et les droits humains, qui vont dans le sens du dépistage volontaire en tant que pierre angulaire de la lutte contre le SIDA. Le Recueil de directives pratiques du BIT sur le VIH/SIDA et le monde du travail rejoint cette approche. Dès lors, la plupart des politiques nationales et d'entreprise sur le VIH/SIDA reconnaissent et recommandent le dépistage volontaire.


Des voix commencent cependant à s’élever, tant dans la population qu’au sein des organisations, pour réclamer un dépistage obligatoire. Les partisans du dépistage obligatoire pensent que celui-ci peut endiguer la propagation du virus en faisant prendre conscience aux personnes contaminées qu’elles doivent se soigner et agir de manière responsable. D'aucuns suggèrent de conditionner l’assurance-maladie à un dépistage VIH annuel obligatoire et pensent que tous les employeurs devraient réclamer une attestation de test de dépistage (mais sans son résultat) aux postulants.

Leurs détracteurs estiment pour leur part que le dépistage obligatoire serait contraire aux droits humains et exposerait les séropositifs à la stigmatisation sociale si leur état venait à être connu.

Étant donné la forte discrimination et le risque de licenciement auxquels sont exposés les séropositifs, beaucoup de salariés trouveront la pratique du dépistage obligatoire dérangeante, aussi bien intentionnée soit-elle. Rien qu’avec les conseils et dépistages volontaires, certains salariés hésitent déjà à faire le test, de peur que l'employeur soit informé des résultats et s'en serve contre eux, surtout quand le dépistage se fait à son initiative et/ou sur le lieu de travail.

Rassurer et encourager

Malgré leurs craintes, beaucoup de salariés se présentent volontairement au service de dépistage dans les entreprises qui ont mené une campagne de sensibilisation adéquate. Les syndicats ont pour mission d'encourager les travailleurs à faire cette démarche, tout en les rassurant sur le fait qu’un résultat positif ne leur sera pas préjudiciable, et qu’il déclenchera un processus de traitement, de soutien et de soin synonyme de vie plus longue et plus productive.

Plusieurs affiliés de l'ITF ont déjà négocié et/ou fait pression en faveur de programmes sur le lieu de travail qui garantissent une protection d'emploi et la non-discrimination des salariés séropositifs, ainsi que des informations et une éducation sur le VIH/SIDA pour l'ensemble du personnel. Certains syndicats vont même plus loin et ont mis sur pied des activités pédagogiques qui encouragent leurs membres à faire le test.

Il est essentiel que toute initiative prise par les syndicats pour encourager le dépistage chez les membres s’accompagne d’une garantie d'aide et de soutien pour les salariés qui se révèlent séropositifs.

La collaboration avec le secteur public constitue une autre option, en particulier pour les entreprises des pays qui possèdent d'importants programmes de santé publique. Dans ce cas de figure, les organisations alignent leurs initiatives de traitement et de soins sur les programmes et infrastructures gouvernementaux, et contractent des prestations – par exemple des services de conseil, dépistage et diagnostic volontaire – auprès du secteur public.

Budgétiser

Pour planifier des programmes d'aide et de soutien sur le lieu de travail, il convient de consulter les compagnies d'assurances et les caisses de retraite afin de mieux appréhender les coûts que supposera leur mise en oeuvre. Cette précaution s'avère particulièrement judicieuse quand les entreprises restructurent les systèmes d’indemnisation des salariés dans le cadre de leur réponse au VIH/SIDA.

Dans certains cas, l'existence d'un programme VIH/SIDA sur le lieu de travail permet de bénéficier de tarifs préférentiels auprès des compagnies d'assurances. Certains systèmes d'assurance-maladie gérés par les prestataires de soins offrent « gratuitement » des services de conseil, de dépistage et de traitement.

Les syndicats peuvent mettre à profit la négociation collective pour obtenir des infrastructures de soin et de soutien sur le lieu de travail. La négociation collective peut se dérouler parallèlement à l'élaboration d'une politique VIH/SIDA sur le lieu de travail, ou peut être modifiée quand cette politique est mise en place.

La participation des responsables syndicaux à la formulation et à la mise en oeuvre de politiques et programmes VIH/SIDA sur le lieu de travail améliorera l’acceptabilité et l'acceptation des services d'aide et de soutien proposés.

Romano Ojiambo-Ochieng est le Secrétaire général du Amalgamated Transport and GeneralWorkers’ Union of Uganda (ATGWU).

 

 













 



Partie Accueil:
Agenda magazine

Autres pages pour Agenda magazine:
Agenda Magazine 2011 | Agenda Magazine 2010 | Agenda magazine 2009 | Agenda Magazine 2008 | Order or Download Agenda | Editorial staff

Autres pages pour Magasine Agenda:
En Bref | Nous pouvons faire changer les mentalités | En Bref : Autres secteurs | Chaque geste compte | Risques persistants | L'heure du réveil a sonné ! | Témoignages | En bonne compagnie ? | Message non reçu | Les fruits du partenariat | Triangle infernal | La protection passe par l'égalité | L'autoroute de l'espoir | Apprendre en écoutant | Changement de comportement | Vaincre la stigmatisation | A propos d'Agenda

Parties principales:
Accueil | Qui sommes-nous ? | Solidarité | Campagne contre les pavillons de complaisance | Gens de mer | Dockers | Aviation civile | Chemins de fer | Transports par route | Transports urbains | Pêche | Services touristiques | Navigation intérieure | Éducation | Young workers | Femmes | ETF Home | Congrès 2010

Magazine Transport international


Graphique à haute definition

accès | aide pour le site | plan du site

ITF House, 49-60 Borough Road, London SE1 1DR | +44 20 7403 2733 | mail@itf.org.uk