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Bus-Business

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La privatisation a décimé les services de transport dans les régions rurales de Zambie, alors que dans les villes, nouveaux emplois ne riment pas avec droits. Par Humphrey Nkonde.

Dans les années 90, la Zambie était l'un des pays en développement ayant opté pour les programmes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international dans l'espoir de créer de la richesse pour la population en permettant aux citoyens de créer des entreprises avec une participation de l'Etat.

Dans le secteur du transport de passagers, le gouvernement a délégué ses responsabilités sociales vers le secteur privé avec deux grands résultats : une diminution marquée de la prestation et de la qualité du service dans les zones rurales, et dans les villes, un service en pleine expansion mais sans représentation syndicale.

La privatisation a vu la disparition de la United Bus Company of Zambia (UBZ), de Mulungushi Travellers et d'autres sociétés de transport par bus qui appartenaient à l'Etat ou étaient gérées par des sociétés paraétatiques, ce qui représente une perte de plus de 1500 emplois rien que pour UBZ. Des milliers d'autres emplois ont disparu avec la privatisation d'autres sociétés de bus et de transport routier, des chemins de fer zambiens et de la faillite, après sa privatisation, de Zambia Airways

Les privatisations ont débuté dès que Frederick Chiluba et son Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD) ont évincé le Parti unifié pour l'indépendance nationale de Kenneth Kaunda après les élections parlementaires et présidentielles de 1991. Le gouvernement Chiluba s'est empressé de lever les droits de douane sur l'importation des mini-bus et ces véhicules ont vite envahi les villes.

Coup dur pour le transport rural

Les voyageurs des régions rurales sont désormais obligés de prendre le risque d'embarquer à bord de camions et d'autres véhicules qui ne sont pas des bus, et dont la plupart ne sont pas sûrs ou adaptés aux passagers. L'absence de transport fiable dans les zones rurales a eu des conséquences tragiques en avril de cette année, quand 44 écoliers de Kawambwa, dans la province de Luapula, ont perdu la vie dans un accident de la route alors qu'ils rentraient d'un camp de vacances dans un camion Mitsubishi où s'entassaient 110 enfants.

Sous le gouvernement de Kaunda, le chauffeur de camion n'aurait jamais été autorisé à transporter ces écoliers, les transports publics étant le monopole d'UBZ dans les régions rurales et urbaines.

John Daka, directeur exécutif de l'association d'aide à l'enfance Vulnerable Children Advocacy Project, n'est pas le seul à croire que le gouvernement aurait dû laisser les transports ruraux à UBZ et leur épargner une privatisation. «Le gouvernement n'aurait pas dû s'appuyer sur le secteur privé pour desservir les régions rurales parce que, pour ce dernier, seule la rentabilité des routes compte» déclare-t-il.

Il est juste de reconnaître que la défunte UBZ fonctionnait à perte avant sa disparition. Il y avait, entre autres, des chauffeurs, des receveurs et des inspecteurs qui n'avaient strictement rien à faire, du fait du nombre de nominations politiques. Sous le gouvernement Kaunda, le «piston» était très courant dans les sociétés paraétatiques.

Personne n'a réfléchi à ce qu'il adviendrait des régions rurales après la disparition d'UBZ. Les quelques sociétés rurales en activité n'avaient pas les moyens d'acheter des parcs de bus pour desservir les campagnes, pour la plupart sillonnées de routes poussiéreuses ou goudronnées mais truffées de nids de poule. Dans certaines régions, des chariots tirés par des bœufs servent maintenant de moyen de transport.

«Le gouvernement est socialement tenu de fournir des services de transport à la population rurale, et il ne peut le faire que via une société de bus gérée par l'Etat» a récemment déclaré Dacca. «Voyez la qualité des services et les bénéfices du Post Bus exploité par les services postaux zambiens entre Ndola, la capitale de la Ceinture de cuivre, et Samfya, ville rurale d'agriculteurs et de pêcheurs dans la province de Luapala.»

Plus d'emplois, moins de droits

Dans les zones urbaines, le nombre de salariés du transport de passagers a augmenté depuis la privatisation, mais ces travailleurs ne sont pas représentés par un syndicat et n'ont que peu de droits.

Le Congrès syndical zambien (ZCTU) négocie avec le gouvernement pour permettre l'organisation de ces effectifs qui, selon son secrétaire général Sylvester Tembo, sont ceux qui connaissent la plus forte augmentation depuis la privatisation. Les travailleurs ont quant à eux soumis une proposition au ministre du Travail et de la Sécurité sociale, mais le gouvernement ne semble guère enclin à les écouter.

Sans syndicats pour les défendre, ces salariés continuent à travailler dans de très mauvaises conditions. «Les travailleurs du transport routier de passagers effectuent des horaires interminables, qui commencent très tôt le matin et finissent très tard le soir», déclare Rainbow. «Pourtant, ils peuvent être licenciés du jour au lendemain.»

Des études menées à Luanshya et à Chingola, deux autres villes de la Ceinture de cuivre, ont révélé l'absence de structure équitable de rémunération des chauffeurs de bus et des receveurs, qui ne cotisent par ailleurs à aucune caisse de retraite.

«Mon employeur m'a fixé un objectif de recettes à atteindre chaque jour, faute de quoi je dois payer de ma poche» déclare un chauffeur de Chingola. Voilà pourquoi nous travaillons depuis l'aube jusqu'à une heure avancée de la nuit. Si les travailleurs du transport routier de passagers étaient représentés par un syndicat, nous n'aurions pas à travailler dans ces conditions.»

A l'époque d'UBZ, les receveurs étaient des employés à temps plein. Aujourd'hui, ils ne sont même pas reconnus par les opérateurs de bus. L'étude révèle que les chauffeurs font appel à des receveurs à qui ils versent une commission non précisée à la fin de la journée de travail.

«Receveur est un métier à risque. L'un de nos collègues receveurs a été impliqué dans un accident et n'a pas été dédommagé parce qu'il n'était pas reconnu par le propriétaire du bus» déclare un jeune receveur.

Ces nouveaux effectifs du transport de passagers fondent tous leurs espoirs de normes de travail décentes sur la création d'un syndicat qui défendrait leurs intérêts. Il ne s'agit pas uniquement de protéger les conditions salariales et de travail, mais aussi la santé et les droits des travailleurs.

Le Gouvernement zambien vient de décider de fournir des traitements antirétroviraux aux malades du VIH/SIDA, le pays enregistrant toujours un taux de prévalence d'environ 20 %. Cependant, les chauffeurs doivent payer eux-mêmes les consultations médicales et le dépistage volontaire car ils n'ont pas droit à l'assurance médicale.

«Nous demandons de l'argent aux amis quand nous tombons malades» déclare un chauffeur. D'autres ont expliqué que les chauffeurs refusent toute hospitalisation par crainte de ne plus retrouver leur emploi à la sortie.

Humphrey Nkonde est journaliste free-lance et membre de la Press Association of Zambia.

 



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