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Vie active: La dignité des travailleurs

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Contenu de la page: Accueil > Magazine Transport international > Numéro 20 juillet 2005 > La dignité des travailleurs


Vie active

 

La dignité des travailleurs

 

Laxmi Maharja, conductrice de tempo à Katmandou

Interview de Sangham Tripathy

En mars 2005, quelques mois après notre interview, Laxmi Maharja était l'une des 50 conductrices de tempo invitées à représenter le syndicat népalais des travailleurs des transports (Netwon) lors des manifestations prévues à l'occasion de la Journée internationale de la femme. Après le coup d'Etat royal survenu au Népal en février (voir En bref, page 5) et les directives imposées par le nouveau régime, le syndicat avait dû demander l'autorisation de la police pour organiser ces manifestations et ce rassemblement.

La permission a été accordée, puis retirée tard le soir la veille de la Journée de la femme du 8 mars – ce qui illustre bien la répression des droits syndicaux qui accompagne la suspension de la démocratie au Népal. Au quotidien, les travailleurs doivent cependant faire bonne figure.

L'hôpital Bir se trouve sur une place très animée dans le centre de Katmandou. Le tohu-bohu commence dès l'aube. Sur un coin se trouve une station de transports publics, où s'agglutinent des dizaines de tempos, dont les chauffeurs crient à tout va pour attirer l'attention des passagers et les presser d'embarquer.

Mais ce qui frappe surtout, c'est le nombre de conductrices. Nous saluons Laxmi Maharja et embarquons à bord de son tempo, qui effectue le trajet nº 14. «Nous sommes 75 conductrices de tempo, dont 18 sur ce trajet.»

Les «tempos Safa» (tempos écologiques), véhicules électriques à trois roues, sont apparus à Katmandou il y a environ cinq ans, après l'augmentation alarmante du taux de pollution imputable aux véhicules diesel.

Se frayant un chemin à grand renfort de coups de klaxon, Laxmi nous explique que sa journée commence à cinq heures du matin. Elle fait le ménage et la lessive et cuisine pour ses deux enfants et son mari, puis commence sa journée de conduite à 6h30.

Joindre les deux bouts

Un passager lui demande de ralentir au prochain carrefour. Quand le véhicule s'arrête, il lui tend un billet de 1 000 roupies, comme s'il s'attendait à ce qu'elle puisse lui rendre la monnaie pour une course de 10 roupies. Laxmi tente de le raisonner et nous explique que les passagers lui tendent régulièrement des billets sales ou déchirés sous prétexte qu'elle pourra les écouler.

«En cas d'altercation, la première chose que vous dit un passager, c'est ‘Pourquoi n'êtes-vous pas à la maison à préparer les repas, pourquoi prenez-vous le travail des hommes ?'» Avec fierté, Laxmi nous explique qu'elle ne rate jamais l'occasion de répondre vertement à ce type de remarques.

Un tempo peut contenir jusqu'à 11 passagers. «Mais mes collègues masculins dépassent la limite autorisée pour gagner plus d'argent» nous confie Laxmi. Chaque chauffeur doit verser au patron 1 200 roupies (16,7 USD) à la fin de la journée. «La plupart du temps, il me reste 150 ou 200 roupies (2 ou 2,7 USD). Le patron verse également un salaire mensuel fixe de 4.000 roupies (55,55 USD) par mois.»

Ces patrons sont aussi connus sous le nom de «chargeurs», car ce sont eux qui s'occupent de recharger les batteries des tempos. Par ailleurs, chacun d'entre eux s'engage à exploiter entre 25 et 40 tempos pour différents propriétaires. Ce sont eux qui embauchent les chauffeurs, hommes et femmes, qui connaissent rarement le véritable propriétaire du véhicule.

Le tempo s'arrête à un feu rouge. Deux passagers s'apprêtent à descendre.

«S'il vous plaît, ne descendez pas ici, sinon le policier me demandera mon permis», leur dit Laxmi. Elle explique qu'elle doit souvent verser jusqu'à 50 ou 100 roupies au policier qui lui reproche de laisser descendre les passagers aux feux de signalisation.

Espoir pour l'avenir

Quand Laxmi rentre chez elle, il est près de 20 heures. Elle cuisine alors pour sa famille et lessive l'uniforme des enfants pour le lendemain. Ils dînent à 20h30. Laxmi termine sa soirée en se reposant enfin et en écoutant la radio. «Je m'accorde environ une heure rien que pour moi. Je me détends, je me perds dans mes pensées sur la vie et l'avenir de ma famille» explique-t-elle, des étoiles dans les yeux.

Peu de temps avant le coup d'Etat, le syndicat avait organisé deux journées de sensibilisation syndicale pour quelque 40 conductrices de tempo de Katmandou, et espérait qu'elles y participeraient toutes. Dans l'intervalle, il prévoyait de rencontrer des responsables des forces de l'ordre et de la circulation routière pour régler des problèmes comme les tracasseries policières et les places de parking. Cependant, au moment où nous écrivons ces lignes, l'on ignore encore quand les libertés syndicales seront suffisamment rétablies pour permettre la reprise de ces projets.

Laxmi arrête son tempo près du bureau syndical. Avant de prendre congé, elle pointe du doigt la bannière du syndicat, que l'on peut traduire par «Respecter la dignité des travailleurs».

«Ce message est très motivant. J'espère qu'un jour, tout le monde commencera à y croire.» dit-elle, avant de changer de vitesse et de reprendre sa route. Elle ignorait alors à quel point ses paroles deviendraient bientôt lourdes de sens.



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Numéro 20 juillet 2005

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