Restructuration des chemins de fer au Pakistan - Préparons les syndicats à influencer le processus

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Railway Workers’ Union (Open Lines), Pakistan


Dans un pays comptant plus de 160 millions d'habitants, Pakistan Railways (PR) joue un rôle primordial pour le transport des passagers et des marchandises. En 2007, PR a transporté 83.899.000 passagers et 6.420.000 tonnes de marchandises. Le réseau ferroviaire compte 589 gares et s'étend sur 7.791 km de Kemari (Karachi) à Taftan (province du Balochistan), près de la frontière avec l'Iran, et jusqu'a Landi Kotal dans le nord du pays. Le matériel roulant de PR comporte 544 locomotives, 1.916 wagons et 19.638 wagons de marchandises. PR a déclaré des revenus d'exploitation de 20 milliards de roupies (251 millions de dollars US) pour l'exercice financier 2006-2007, alors que les dépenses demeuraient à environ 22 milliards de roupies (276 millions de dollars US).

La restructuration et le rôle des institutions financières internationales

A la fin des années 70, les nouveaux gouvernements à la tête de certains pays décidèrent de réduire le rôle de l'Etat dans l'économie. Le courant de pensée dominant insistait sur la privatisation des entreprises d'Etat et sur la libéralisation des échanges et des marchés financiers.

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international firent de la privatisation une condition d'octroi de fonds aux pays en développement. Au début, dans ces pays, seules de petites entreprises avaient été ciblées par la privatisation. Cela fut également le cas au Pakistan, à l'exception notable de Pakistan Telecommunications Company Limited (PTCL). Néanmoins, la corporatisation, ou ce que l'on peut appeler au sens large la “restructuration”, prenait bel et bien place. Dans certains cas, cela impliquait la création de sociétés anonymes et l'émission d'actions (par exemple dans le cas de l’Oil and Gas Development Company au Pakistan). De manière générale, l'accent avait été mis sur la création d'unités de gestion séparées afin de “rationaliser” la production et de diminuer les prétendues “inefficacités”.

La restructuration de Pakistan Railways

Le processus de restructuration de Pakistan Railways a débuté en 1997, lorsque le premier ministre d'alors demanda à Mr Shahid Javed Burki, un ancien responsable de haut niveau de la Banque mondiale, de préparer un rapport sur Pakistan Railways. Plusieurs mesures à court, moyen et long-terme furent suggérées pour scinder PR et pour procéder à la corporatisation.

Les activités et les biens centraux furent séparés de ceux considérés comme périphériques. L'on proposa de fermer les tronçons et gares non rentables et de vendre ou de louer les services auxiliaires tels qu’hôpitaux, écoles, centres sportifs, foyers et clubs. Des consultants et des experts ferroviaires participèrent à un séminaire sur la restructuration et la réforme, afin de d’établir un plan d'action, mais aucun responsable syndical n'y fut invité.

Conformément à ce plan, trois consultants furent nommés et PR fut divisé en trois sociétés anonymes:

Par la suite, d'autres mesures ont été également prises:

Il découle de tout cela que la “restructuration” de Pakistan Railways a eu avant tout les résultats suivants:

La “restructuration” de PR n'a entrainé aucun réduction significative du déficit de la compagnie, et n'a pas forcement amélioré les services fournis. Par contre, le personnel a été lourdement pénalisé en termes de sécurité de l'emploi, alors que les cadres et consultants recrutés ont vu leurs salaires et prestations réévalués à plusieurs reprises.

Les institutions financières privées n'ont pas joué un rôle majeur dans le processus de “restructuration” en soi, puisque les financiers privés n'ont pas investi dans les chemins de fer. Comme il a été souligné auparavant, les institutions financières internationales accordèrent des fonds au gouvernement pakistanais sous prétexte de stimuler la corporatisation et la privatisation des entreprises d’Etat. Elles n’ont pas investi de fonds directement dans les chemins de fer, bien qu’elles aient sans cesse exigé de ce secteur qu’il améliore ses recettes uniquement en réduisant les coûts.

Lorsqu’on analyse le succès d’initiatives de “restructuration”, il est indispensable de tenir compte des entreprises publiques telles que les chemins de fer. Même si les institutions financières internationales soutiennent qu’un tel secteur pourrait devenir rentable, la « restructuration » de Pakistan Railways n’a pas produit l’effet désiré. Le recrutement de consultants cher payés pour consolider la compagnie, tout en prétendant que les principaux coûts sont dus au personnel seul, ne peut masquer le fait que les chemins de fer ont toujours souffert du gaspillage d’énormes ressources en salaires et avantages en nature pour la direction. Entre temps, il n’y a eu aucune tentative sérieuse pour accroître la productivité par une amélioration des compétences du personnel et par des investissements d’envergure dans l’infrastructure ferroviaire. La « restructuration » de Pakistan Railways ne fait pas exception à la règle, ce qui a accru le désavantage concurrentiel dont la compagnie souffrait déjà dans l’économie mondialisée.

Le syndicat Railways Workers Union (Open Lines) rejette la théorie qui veut que les entreprises publiques fournissant des services tels que les chemins de fer devraient forcément gagner de l’argent. Certes, elles ne devraient pas être des gouffres financiers, mais de telles entreprises servent des intérêts sociaux et par conséquent ne devraient pas être obligées de respecter une logique purement commerciale de recherche de profit. L’Etat devrait subventionner les pauvres ainsi que créer des emplois, mais la « restructuration » des chemins de fer a été conçue pour entraver ce rôle social.

Le syndicat considère qu’une grande partie de la crise financière des chemins de fer peut être résolue en réduisant les dépenses consacrées à la bureaucratie et aux consultants, et en accordant simultanément au personnel un plus grand rôle dans la gestion des compagnies. Les cheminots et le grand public ne peuvent accepter en aucun cas la corporatisation ni la privatisation comme une option viable.

Des défis majeurs pour Railways Workers’ Union (Open Lines)

Pakistan Railways est divisé en deux établissements: Ateliers (unités de production et fabrication, 16.000 employés), et Open Lines (réseau national ferroviaire et opérations de transport, 95.000 employés).

Railway Workers’ Union (Open Lines) a une convention collective pour les ateliers ferroviaires, mais pas pour Open Lines, bien que le syndicat ait obtenu une majorité écrasante des votes lors du dernier référendum organisé en 1982 sous le régime de la loi martiale, grâce à son combat pour restaurer la démocratie au Pakistan. Depuis 1982, le personnel des chemins de fer n’a jamais eu la possibilité d’élire ses représentants.

A l’heure actuelle, Railway Workers’ Union (Open Lines) est un syndicat important et véritablement représentatif du personnel d’Open Lines, avec 40.000 adhérents. Le syndicat a lancé en octobre 2008 une campagne d’éducation du personnel, à travers des séminaires et des ateliers. L’objectif est d’organiser et d’attirer plus de 20.000 travailleurs et travailleuses, pas seulement d’Open Lines mais également venant d’autres activités externalisées liées aux chemins de fer. Le syndicat s’efforce également d’unifier tous les autres syndicats du secteur.

Railway Workers’ Union (Open Lines) fut fondé par Mirza Inbrahim, un éminent dirigeant du monde du travail. En 1993, 90 pour cent des lignes ferroviaires furent déclarées d’intérêt militaire et par conséquent le personnel employé pour travailler sur ces lignes n’avait pas le droit de participer à des activités syndicales. Railway Workers’ Union (Open Lines) n’avait aucun accès au personnel des chemins de fer pendant l’interdiction des activités syndicales depuis 1993, empêchant toute syndicalisation du personnel.

Railway Workers’ Union (Open Lines) s’est âprement battu contre l’interdiction d’activités syndicales sur Open Lines et a organisé des milliers de rassemblements, défilés, grèves symboliques et pris toutes les mesures possibles pour restaurer les activités syndicales mais son combat fut étouffé. Sous le régime du général Pervez Musharraf entre 2000 et 2006, plus de 2.000 militants syndicaux ont été écartés voire renvoyés de leur poste et environ 5.000 ont été transférés à des postes isolés ou menacés, afin de les dissuader de participer à des activités syndicales.

Malgré la répression, victimisation et discrimination, le syndicat poursuit son combat. Le nouveau gouvernement démocratique a levé l’interdiction et permet les activités syndicales sur les lignes ouvertes de Pakistan Railways. Railway Workers’ Union (Open Lines) a soumis à l’administration des chemins de fer une liste de revendications abordant les problèmes de la quasi totalité du personnel et fait campagne pour organiser les cheminots et cheminotes afin de relever et surmonter des défis majeurs.


Ceci est la version abrégée de « La restructuration des chemins de fer au Pakistan – Préparons les syndicats à influencer le processus » soumis par Rao Muhammad Naseem, Secrétaire Général, Railway Workers’ Union (Open Lines), lors du séminaire ITF/FES sur les chemins de fer en Asie du Sud à Bhuwaneshwar en novembre 2008.

 



Documents connexes:
Communication d'un syndicat du rail de l'ITF numéro 10 : novembre/décembre 2008 (98kb PDF)

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