Qu'advient-il de vos bagages?

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Le bagagiste Michael Friis nous décrit sa journée type, et nous explique pourquoi nous devrions voyager plus léger.

Je commence à 5 heures du matin. Les premiers vols sont ceux de Fedex, qui paie le prix fort pour que les choses aillent vite. Nous sommes donc 13 ou 14 à décharger chaque appareil, alors que pour la plupart des vols, nous ne sommes que trois. La pression est considérable. Souvent, des appareils se posent alors que nous sommes déjà en train d’en décharger un autre, et sont en attente. Les atterrissages ne suivent pas exactement l’horaire prévu. En moyenne, nous déchargeons un appareil par heure, parfois plus. En basse saison, la cadence est moins soutenue, mais en été, les passagers sont bien plus nombreux. Les compagnies aériennes nous précisent la durée de rotation souhaitée. Par exemple, Easyjet nous demande de vider un appareil en 25 minutes, ce qui est très court.

En haute saison, au cours d’une journée de travail ordinaire, un bagagiste soulève l’équivalent de dix tonnes. Rien d’étonnant donc à ce que les blessures soient fréquentes. Celles-ci sont imputables au poids excessif des bagages et à la cadence des rotations. Nos conditions de travail sont très inconfortables – les soutes sont exiguës, et beaucoup de bagagistes passent la journée à genoux. Je me suis blessé à l’épaule en 2004. J’ai été arrêté pendant un an, et je ne reprends à plein temps que maintenant. J’ai touché l’intégralité de mon salaire pendant le congé de maladie, mais il faut dire que je travaille ici depuis 20 ans et que je suis délégué à la sécurité pour le syndicat 3F. La situation aurait sans doute été différente si j’avais eu moins d’ancienneté (les bagagistes sont presque toujours des hommes).

La quantité de bagages lourds dépend de la compagnie et de la destination. Certaines compagnies, Ryanair par exemple, font payer pour le deuxième bagage enregistré, ce qui fait que les passagers entassent un maximum de choses dans une seule grande valise… ce qui ne fait pas nos affaires : nous préférerions de loin que ce poids soit réparti dans deux valises plus légères. Mais nous comprenons que c’est difficile pour les passagers, car c’est plus cher. Certaines destinations sont connues pour le poids des bagages emportés par les passagers. Par exemple, les passagers des vols pour le Moyen-Orient, le Pakistan et l’Inde ont souvent beaucoup de bagages. Beaucoup de touristes américains viennent à Copenhague, et emportent aussi énormément d’effets personnels. Il n’est pas rare qu’une valise pèse entre 40 ou 45 kilos ! Les blessures se produisent surtout au niveau des épaules, du dos et des genoux. Celles-ci sont chaque année plus nombreuses. Deux représentants syndicaux se consacrent entièrement à cette problématique, et se chargent des formalités administratives et des contacts avec l’inspection du travail. L’année dernière, la branche locale a obtenu 3 millions de GBP des assurances.

Nous n’avons pas à nous plaindre de notre employeur, mais des améliorations sont évidemment toujours possibles. Nous aimerions qu’il nous fournisse de meilleurs équipements, et qu’il embauche. Nous aimerions également qu’il dise aux compagnies aériennes qu’elles doivent faire appliquer un poids maximal.

Nous avons expliqué la situation aux voyageurs, et ils nous comprennent. Nous leur avons demandé de réfléchir à ce qu’ils peuvent acheter une fois sur place, au lieu de se charger inutilement.

Beaucoup de voyageurs danois emportent de la nourriture danoise par exemple. Un médecin du travail bien connu au Danemark a déclaré que ce type de travail devrait être interdit. Ce que nous voulons, c’est un environnement de travail aussi sûr que possible. Le syndicat fait également pression au niveau européen : notre objectif, c’est d’obtenir l’instauration d’un poids maximal pour les bagages.

Beaucoup de mes collègues souffrent de blessures très sérieuses. Un bagagiste de 34 ans s’est blessé aux lombaires, et ne retravaillera probablement jamais. Notre métier est dangereux. Nous souhaitons bon vol aux passagers – mais nous voudrions surtout qu’ils voyagent plus léger.

Michael Friis est bagagiste pour la société danoise Novia, et délégué à la sécurité pour le syndicat danois 3F. Informations complémentaires auprès de Lars Brogaard, permanent du syndicat 3F.

Les personnels de cabine, concernés eux aussi par les bagages lourds

« C’est lors de l’embarquement que nous faisons le plus d’efforts physiques, pour ranger les bagages à main des passagers dans les compartiments au-dessus des sièges. Aucune enquête n’a encore été menée sur les conséquences du port de charges lourdes par les équipages lors de l’embarquement en termes de santé et de sécurité, mais les témoignages concordent à conclure que les blessures sont bien réelles. Les lourds chariots que doivent pousser les PNC sont eux aussi responsables de maux de dos. Nous souhaiterions des règles spécifiques pour les bagages à main, pour éviter ces douleurs et ces blessures au dos. »
Elisabetta Chicca, FILT-CGIL, Italie






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