Changement de comportement : Les différentes étapes

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Les programmes ou politiques d'éducation au VIH sur le lieu de travail sont voués à l'échec si l'on ne réussit pas à convaincre les travailleurs vulnérables de changer de comportement. Josée Laporte nous explique comment y parvenir.

Ces dernières années, beaucoup d'efforts ont été consacrés à l'éducation au VIH/SIDA mais, dans la plupart des cas, ceux-ci ne se sont pas traduits par des changements de comportement. Beaucoup de travailleurs ne comprennent pas suffisamment le mode de transmission du VIH et ne se protègent donc pas correctement. D'autres, même s'ils comprennent le mode de diffusion du virus, s’entêtent malgré tout dans des comportements à risque.

On pense donc de plus en plus que les projets qui se concentrent uniquement sur l'information et l'éducation ne suffisent plus et qu'il faut désormais s'orienter vers le changement de comportement. Les relations sexuelles constituent le principal vecteur de transmission du VIH, et c'est la personne qui décide ou non d’avoir des rapports et d’utiliser ou non un préservatif. Il est donc clair que la prévention passe par un changement des comportements individuels.

Communiquer pour changer les comportements

Le concept de « communication pour le changement de comportement » (CCC) porte sur le besoin d'interagir plus étroitement avec les personnes qui doivent suivre un programme de changement comportemental.

Tout programme de ce type doit tenir compte des véritables raisons pour lesquelles des personnes adoptent des comportements à risque et consulter les travailleurs pour choisir le mode de communication le plus indiqué.

Il peut parfois s’agir d’une émission de radio à l’heure du déjeuner, du bulletin d’information de la société ou d’une séance sur le VIH/SIDA intégrée aux formations récurrentes habituelles – l'important étant de choisir en fonction de la situation et des habitudes du groupe. L'approche CCC permet un grand investissement personnel et jette les bases de programmes VIH/SIDA durables propices aux changements comportementaux.

Pourquoi le lieu de travail ?

Le lieu de travail permet de communiquer régulièrement avec des groupes. En général, les lieux de travail sont composés de personnes présentant des caractéristiques communes, par exemple le même niveau d'études ou de revenus. Ceci facilite le dialogue et l’efficacité des programmes d'éducation par les pairs, dans lesquels des salariés peuvent discuter avec leurs collègues à tout moment et les soutenir dans leur processus de changement comportemental.

Ces programmes sur le lieu de travail s'appuient sur six éléments essentiels:

1) Une politique bien pensée

2) Un comité VIH/SIDA associant direction et syndicats, avec un objectif clair, une stratégie, un programme de travail et des ressources adéquates

3) Un programme de changement comportemental

4) Un réseau de points focaux et de pairs éducateurs qui collaborent étroitement avec le comité VIH/SIDA

5) L'accès à un dépistage et à un traitement volontaire et confidentiel auprès de services externes.

6) Un plan de suivi efficace

 
Le lieu de travail peut également proposer des services de santé en interne ou par le biais de prestations externes. Il est crucial que les . aides au changement de comportement soient accessibles directement et facilement pour les travailleurs. Ceux-ci doivent pouvoir se procurer aisément des préservatifs, à un prix abordable, et être informés des endroits où ils peuvent obtenir en toute confidentialité des conseils et se faire dépister. Ils devraient également savoir où se procurer un traitement contre les maladies sexuellement transmissibles, et où avoir accès aux traitements antirétroviraux, ainsi qu'aux soins et services d'appui.

Enfin, le lieu de travail est un cadre qui permet de développer des politiques. Les politiques établies sur le lieu de travail et les conventions collectives doivent interdire la discrimination fondée sur une séropositivité avérée ou supposée. Il est essentiel d’adopter des politiques de non-discrimination explicites pour créer un environnement propice qui réduise la stigmatisation et encourage les travailleurs séropositifs à parler sans crainte.

Les étapes

Une stratégie efficace ne repose pas sur des hypothèses, mais sur des faits. La première étape consiste à recueillir des informations sur les travailleurs et les superviseurs pour partir d’une évaluation instructive. Ces données fondamentales doivent être recueillies de diverses manières, notamment par une enquête sur les connaissances, les comportements et les pratiques des travailleurs, des tables rondes avec des travailleurs qui présentent des caractéristiques communes, et des entretiens approfondis avec des sources essentielles comme le personnel médical, les représentants syndicaux et les assistants sociaux. Les tables rondes sont très efficaces pour recueillir des informations sur les raisons qui poussent les travailleurs à adopter certains comportements spécifiques et celles qui les incitent à changer.

Sur la base des conclusions de cette évaluation instructive, l'étape suivante consiste à décider des objectifs et activités du programme. À ce stade, un vaste éventail de membres du personnel, dont des représentants syndicaux, des cadres des ressources humaines, des spécialistes de la santé au travail et des travailleurs séropositifs, doivent se réunir pour développer une stratégie et un programme de changement comportemental spécifiques.

Ce processus peut parfois prendre plusieurs jours avant de faire l’unanimité et de répondre en tous points à l’évaluation instructive. La solution la plus efficace consiste à organiser un atelier d'une semaine rassemblant toutes les parties prenantes. S'il est difficile pour l'employeur de libérer les salariés pour toute la durée de l’atelier, celui-ci peut être scindé en séances hebdomadaires.

Si l'évaluation instructive est menée sur plusieurs lieux de travail et arrive à des conclusions similaires pour ceux-ci, des entreprises du même secteur peuvent choisir de se regrouper afin d'élaborer une stratégie sectorielle, ce qui permettra de préparer des documents sur mesure utilisables dans les différentes entreprises.
Quel que soit le mode de regroupement, il est impératif de convenir d'une stratégie accompagnée d'objectifs précis. Certains lieux de travail décident par exemple d’œuvrer à une amélioration de la fidélité dans le couple. D'autres visent à accroître le recours aux services de conseil et de dépistage. Une fois les objectifs arrêtés, l’étape suivante consiste à développer des messages personnalisés et sexospécifiques.

Concrétiser le changement

Le changement se produit quand les voies de communication choisies sont reconnues comme étant les plus adéquates pour le groupe cible – et quand les personnes s'identifient aux messages des campagnes de prévention.

Trousse à outils

L’Organisation internationale du travail (OIT) et Family Health International (FHI) s’associent pour produire une trousse à outils proposant des conseils en matière de changement de comportement sur le lieu de travail. Celle-ci est disponible sur le site www.ilo.org/aids et, au moment où nous mettons sous presse, est utilisée dans 13 pays d’Asie et des Caraïbes ainsi qu’en Afrique anglophone et francophone.


Pour que les gens changent, il faut parler au cœur et à la raison, et pour cela, il faut les connaître. Ils voudront savoir ce qu'ils ont à gagner avant de se décider.

En fonction du public cible, vous pourrez par exemple être amené à insister sur les avantages du changement de comportement pour le bien-être de la famille et l'avenir des enfants.

Un groupe constitué de travailleurs ayant des partenaires multiples et ne se soumettant pas régulièrement au dépistage, a préparé le message suivant : « Cessez de vous ronger les sangs et faites le test ! » Dans ce cas précis, il était clair que c'était la perspective de tranquillité d'esprit qui pouvait motiver le groupe à changer son comportement en se présentant au dépistage. On aurait aussi pu mettre en avant le fait que le dépistage permette d'avoir accès à un traitement adéquat suffisamment tôt pour vivre plus longtemps, continuer à travailler et aider les êtres chers. Le public cible choisit lui-même l'avantage à mettre en exergue.

Choisir le bon canal de communication

Souvent, les messages n'atteignent pas leur but parce qu'ils n'ont pas été envoyés par le bon canal de communication. Dans le secteur des transports, les autocollants, les porte-clés, les publicités radiophoniques et l'éducation par les pairs sont des canaux de communication très répandus. Il faut d’abord tester tous les supports auprès des destinataires cibles avant de les produire dans les langues locales pour faciliter la compréhension.

L'éducation par les pairs est l'un des canaux de communication les plus efficaces quand l’on veut susciter un changement comportemental. Les pairs éducateurs sont des salariés issus du groupe ciblé qui se distinguent par leur force de persuasion et de motivation. Ils connaissent bien la situation de leurs collègues puisqu’ils partagent les mêmes pressions et besoins. Ils savent ce qui rend leurs collègues vulnérables au VIH et trouvent généralement les mots justes pour amorcer le dialogue.

Parfois porteurs du virus, ils incarnent l’espoir pour les travailleurs qui pensent encore que le VIH est une condamnation à mort. Ils peuvent réussir à convaincre les collègues de se soumettre au dépistage et leur faire comprendre que s’ils sont pris à temps, les traitements antirétroviraux permettent de vivre et de travailler plus longtemps.
Pour la mise en oeuvre, il faudra des systèmes efficaces de suivi et d’évaluation de l’impact des activités sur le comportement des personnes ciblées. Des informations doivent être recueillies régulièrement pour que le programme puisse être revu et ajusté si nécessaire. Les syndicats des transports peuvent grandement contribuer au développement, à la mise en oeuvre, à la révision et à l'ajustement des programmes CCC et sont bien placés pour assurer la participation des travailleurs à chaque étape du processus.

Pour être aussi efficace que possible, un programme CCC doit aussi s’adresser à des groupes cibles secondaires. S'il s'agit d'un programme qui cible les travailleurs des transports, il doit aussi tenir compte des rapports avec les clients et les passagers, avec les personnels de l’hôtellerie et avec les populations des régions que fréquentent les travailleurs des transports.

Josée Laporte est Responsable Programme et Opérations pour le Programme de l’OIT sur leVIH/SIDA et le monde du travail (OIT/SIDA), Organisation internationale du travail, laporte@ilo.org



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